Celui qui cultive sa terre sera rassasié de pain. C'était le travail de l'homme dans l'innocence ; c'est ce à quoi il fut condamné, à la sueur de son front, après sa chute. Chacun a sa terre à cultiver, c'est-à-dire un métier, une tâche, une occupation, profane ou sacrée ; et il lui sied d'y être appliqué ; et ceux qui le sont ne manqueront pas de pain, mais en auront à suffisance.
Mais celui qui court après les gens de rien manque de sens : celui qui néglige ses affaires, perd son temps et le passe en compagnie de gens vains, oisifs et inutiles ; en faisant un tel choix, il montre qu'il manque de sens, ou qu'il « manque de cœur », c'est-à-dire de quoi mettre à profit son temps et ses talents ; et il y a fort à parier qu'avant longtemps il manquera aussi de pain. De même, celui qui se soucie de défricher la friche de son cœur et d'y semer la justice, la vérité et la sainteté, pour qu'il porte du fruit ; ou qui prend soin du bien et du salut de son âme immortelle et emploie avec application tous les moyens de les assurer, celui-là sera rassasié du pain de vie, il le trouvera et en mangera, pour la joie et l'allégresse de son cœur. Au contraire, celui qui s'associe à des gens vains, vides de tout bien spirituel, qui n'ont de la religion que des idées creuses ; ou qui prête l'oreille aux vantardises profanes de l'Antéchrist et de tous les faux docteurs, et se laisse prendre aux esprits séducteurs et aux doctrines de démons, dont la parole ronge comme la gangrène : ceux-là, en même temps qu'ils montrent leur manque de sagesse, se réduisent et se réduiront à la famine et à la disette, au sens spirituel. Jarchi entend la première partie du verset de l'homme appliqué à sa doctrine, qui la retourne dans son esprit pour ne pas l'oublier ; et la version arabe rend la seconde partie ainsi :
« ceux qui courent après de faux démons ont l'esprit déficient » ;
(voir Apocalypse 9:20).