Le fruit du juste est un arbre de vie. Il peut s'agir soit du fruit qui pousse sur le Christ, l'arbre de vie, et que les justes reçoivent de lui - c'est-à-dire toutes les bénédictions de la grâce, la paix, le pardon, la justice et la vie (Apocalypse 2:7) ; soit des fruits que les justes portent sous l'action de la grâce divine, car ils sont des arbres de justice, remplis par le Christ des fruits de la justice, et ils ont leur fruit pour la sainteté et pour terme la vie éternelle. Aben Ezra interprète :
« le fruit du juste est comme le fruit de l'arbre de vie » ;
c'est-à-dire beau, agréable, désirable, salutaire, et qui aboutit à la vie.
Et celui qui gagne les âmes est sage. L'Antéchrist trafique des âmes des hommes, qui font partie de sa marchandise (Apocalypse 18:13) ; mais ses négoces à leur sujet tendent à les perdre, non à les sauver. Au contraire, les serviteurs sages et fidèles de la Parole, ceux qui sont décrits ici, emploient tous les moyens honnêtes pour gagner et sauver les âmes des hommes (1 Corinthiens 9:19-22) : ces âmes précieuses et immortelles qui valent plus qu'un monde ; qui sont l'œuvre directe de Dieu, faites à son image, image qu'elles ont perdue par le péché ; et qui, ayant péché, sont sous le coup de la mort éternelle. Leur rédemption est de grand prix ; le Christ s'en est chargé, ce pourquoi il est appelé le Berger et le Gardien des âmes ; et il en confie le soin à ses bergers subalternes, qui veillent sur elles comme devant en rendre compte. Les « gagner », c'est les enseigner, car le mot a le sens d'enseignement ou de doctrine (voir Proverbes 4:2) : les serviteurs du Christ sont des enseignants, qualifiés et envoyés par lui comme tels, et leur tâche est d'enseigner aux hommes leur état naturel, combien il est coupable, misérable et sans ressource ; et de leur enseigner aussi le Christ et le chemin de la vie par lui : que le salut est en lui et en nul autre ; que la justification n'est que par sa justice, la paix et le pardon par son sang, l'expiation par son sacrifice. Ils enseignent encore bien d'autres choses : la crainte de Dieu, la foi en Christ, l'amour pour lui et l'obéissance à tous ses commandements. Gagner les âmes, c'est aussi les gagner à la vraie religion et les convertir, les amener à l'aimer et à l'embrasser ; on pense que telles étaient les âmes qu'Abraham avait acquises ou faites à Harân, les mêmes que les gens formés chez lui qu'il arma pour délivrer Loth (Genèse 12:5 ; 14:14) - Jarchi rapproche d'ailleurs le premier de ces textes du nôtre, comme en donnant l'explication. Les expressions « ceux qui en ont conduit beaucoup à la justice », dit des « sages », et « ramener un pécheur de l'égarement de sa voie », par quoi « une âme est sauvée de la mort » (Daniel 12:3 ; Jacques 5:20), commentent parfaitement notre passage. On peut d'ailleurs traduire aussi : « celui qui prend des âmes », comme on prend une place forte ou un château, ce qu'on exprime parfois par « gagner » (voir 2 Chroniques 32:1 ; Proverbes 18:9). L'âme de l'homme est une place, et même une place forte : c'est le palais ou le château de Satan, qu'il tient et défend contre le Christ, mais que celui-ci prend et emporte ; ce qui se fait d'ordinaire par la Parole et sa prédication, rendues efficaces pour renverser des forteresses (2 Corinthiens 10:4,5). Ou bien l'allusion est à la capture des oiseaux au filet ou des poissons dans le rets : les âmes des hommes sont prises au piège du diable, et on les en tire en brisant ce piège, ce qui leur permet d'échapper à la main de l'oiseleur, Satan, et de tomber en de meilleures mains. Le vieux serpent avait tendu un appât à nos premiers parents et gagna la partie : cet appât était le fruit de l'arbre défendu ; mais l'appât que les sages emploient pour prendre les âmes est le fruit de l'arbre de vie, dont parle la première partie du verset, c'est-à-dire les bénédictions de la grâce en Christ. Ajoutons que les serviteurs du Christ sont appelés « pêcheurs » d'hommes et qu'il est dit qu'ils « prennent » des hommes (Matthieu 4:19 ; Luc 5:10) : ils le font en jetant et en déployant le filet de l'Évangile ; l'Évangile est le filet ; le monde est la mer où il est jeté, où les hommes naturels sont dans leur élément comme les poissons dans l'eau ; jeter le filet, c'est prêcher l'Évangile ; et par ce moyen les âmes sont prises et rassemblées auprès du Christ et dans ses Églises (Matthieu 13:47,48). Enfin, certains traduisent : « celui qui attire les âmes » - ce qui ne se fait pas par les terreurs de la loi, mais par la voix charmante de l'Évangile, par laquelle les âmes sont attirées à Dieu et au Christ et amenées parmi son peuple. Et celui qui sert d'instrument à tout cela doit bien être « sage », et il se montre tel : celui qui doit enseigner aux hommes la connaissance des choses divines et spirituelles doit être, comme il l'est, semblable à un scribe bien instruit du royaume de Dieu ; celui qui doit servir à la conversion des pécheurs doit avoir la parole et la sagesse pour les aborder comme il faut ; comme celui qui doit emporter un château ou prendre un fort a besoin de savoir-faire militaire autant que de courage ; et jeter le filet correctement demande de l'art autant que de la force.