Tout arrive également à tous, etc. C'est-à-dire que toutes les choses extérieures de cette vie sont partagées pareillement par les bons et les méchants - ce qui prouve que ni l'amour ni la haine ne se peuvent connaître par elles. Ainsi l'empereur Marc Antonin, parlant de la vie et de la mort, de l'honneur et du déshonneur, de la douleur et du plaisir, des richesses et de la pauvreté, dit que toutes ces choses arrivent pareillement aux bons et aux méchants ;
un même sort atteint le juste et le méchant - les mêmes événements prospères arrivent à l'un comme à l'autre : richesses, honneur, santé, sagesse et savoir, renommée et réputation. Si Abraham fut riche en troupeaux, en or et en argent, Nabal le fut aussi, et le riche insensé de l'Évangile ; si Joseph fut élevé en grande dignité à la cour de Pharaon, Haman le fut à celle d'Assuérus ; si Caleb fut à quatre-vingt-cinq ans aussi vigoureux et fort que jamais, cela est vrai de bien des méchants, dont la mort est sans liens et la force ferme jusqu'au bout ; si Moïse, Salomon et Daniel furent des sages et de grand savoir, les Égyptiens idolâtres le furent aussi, comme le sont beaucoup que Dieu ne juge pas bon d'appeler par sa grâce ; si Démétrius eut bon témoignage de tous, les faux prophètes d'autrefois l'eurent pareillement. Et les mêmes événements adverses arrivent à l'un comme à l'autre, comme le montrent les cas de Job, de Lazare, et des bonnes figues - les Juifs emmenés en captivité -, dont le Midrash, et Jarchi d'après lui, interprètent cette proposition et les suivantes. « Au juste et au méchant » : à Noé le juste, et à Pharaon - non Néco, comme dit Jarchi, mais celui dont Salomon épousa la fille -, qui, disent les Juifs, furent tous deux boiteux ;
au bon, au pur et à l'impur - à ceux qui sont « bons », non par nature ni d'eux-mêmes, mais par la grâce de Dieu ; « purs », non par nature ni par leur propre pouvoir, mais par l'eau pure de la grâce divine répandue sur eux, et par le sang et la justice du Christ qui leur sont appliqués ; et « impurs », par la corruption de la nature et la souillure des péchés actuels où ils vivent. Certains l'entendent d'une pureté et d'une impureté cérémonielles. Les Juifs susdits appliquent ces caractères à Moïse, qui fut bon ; à Aaron, qui fut pur ; et aux espions, qui furent impurs - et la même chose leur arriva à tous : l'exclusion du pays de Canaan ;
à celui qui sacrifie et à celui qui ne sacrifie pas - à celui qui sert et adore le Seigneur, et à celui qui ne le fait pas, une branche du service et du culte étant mise pour toutes ; et qu'ils offrent ou non leurs personnes, leurs cœurs contrits et leurs sacrifices spirituels. Les Juifs l'illustrent par Josias, qui sacrifia au Seigneur, et par Achab, qui fit cesser le sacrifice - et tous deux furent tués par des flèches ;
comme est le bon, ainsi est le pécheur - semblables dans leur condition et leurs circonstances extérieures, dans la prospérité comme dans l'adversité ;
celui qui jure, comme celui qui craint le serment - le jureur habituel, ou le parjure, sans nulle révérence de Dieu, nul égard à la vérité, nul souci de tenir son serment ; et celui qui, circonspect à en prêter un, le fait avec crainte et révérence de l'Être divin, et prend soin de le garder, fût-ce à son propre dommage. Les Juifs l'illustrent par Sédécias et Samson : le premier viola son serment envers le roi de Babylone, le second fut religieux observateur du serment - et tous deux eurent les yeux crevés ; mais il ne paraît pas que Samson ait jamais prêté serment. L'opposition du texte semble être entre celui qui est prêt à jurer en toute occasion, sans considérer la solennité du serment ni prendre garde à ce qu'il jure, et celui qui, circonspect, préférerait en être dispensé en toute rencontre s'il le pouvait - suivant le conseil de Matthieu 5:34 et Jacques 5:12 : « ne jurez point du tout » ; le conseil d'Isocrate sur le serment mérite d'être rapporté :
« accepte le serment qu'on te demande pour deux causes : ou pour te purger d'un crime honteux dont on te charge, ou pour sauver des amis en danger et les en tirer ; mais pour de l'argent, ne jure par aucune divinité, non pas même si tu peux jurer sans risque ; car les uns te croiront parjure, les autres cupide. »
Le mot hébreu pour jurer est toujours au passif, parce qu'on ne doit jurer que contraint ; et la même tournure se trouve chez les écrivains latins ; et le mot hébreu vient d'une racine qui signifie « sept » - par allusion, pensent certains, aux sept témoins requis pour un serment : les Arabes, en jurant, oignaient de sang « sept » pierres, et, en les oignant, invoquaient leurs divinités (voir Genèse 21:30). On observera que tous les hommes sont ici partagés en bons et méchants : telle a été la distinction dès le commencement, telle elle demeure, et telle elle sera toujours.