C'est pourquoi j'ai estimé heureux les morts, qui sont déjà morts, etc. Morts au sens propre et véritable ; non au sens figuré, comme les pécheurs morts, les hommes morts dans leurs fautes et leurs péchés, ni les professants charnels, qui ont le nom de vivre et sont morts ; ni au sens civil, comme ceux qui sont dans la calamité et la détresse - tels les Juifs en captivité, ou toute personne dans l'affliction, laquelle est parfois appelée mort ; mais ceux qui sont morts au sens littéral et naturel, réellement et entièrement morts ; non ceux qui peuvent mourir et mourront certainement, mais ceux qui sont morts déjà et couchés dans leurs tombeaux - et non tous ceux-là : non les méchants morts, qui sont en enfer dans les tourments éternels, mais les justes morts, retirés de devant le mal à venir, et affranchis de toutes les oppressions de leurs ennemis - le péché, Satan et le monde. Le Targum porte :
« j'ai estimé heureux ceux qui sont couchés, ou endormis, qui, voici, sont maintenant morts ; »
figure par laquelle la mort est souvent exprimée, dans l'Ancien Testament comme dans le Nouveau - le sommeil étant, comme dit le poète, l'image de la mort, et grande étant la ressemblance entre eux ; Homère appelle le sommeil et la mort des jumeaux. La même paraphrase ajoute :
« et ils ne voient pas la vengeance qui vient sur le monde après leur mort ; »
(voir Ésaïe 57:1,2). Le sage ne fit pas des panégyriques ni des éloges de ces personnes, mais il les prononça heureuses ; il les jugea telles en son esprit, et bien plus heureuses
que les vivants, qui sont encore en vie - qui vivent sous l'oppression d'autrui ; qui vivent en ce monde dans la peine jusqu'à présent, comme dit le Targum ; dont c'est tout ce qu'on peut dire, qu'ils sont en vie - à peine vivants, et rien de plus : comme suspendus entre la vie et la mort. On entend généralement ceci comme dit selon le sens humain et le jugement de la chair, sans nul égard à la gloire et au bonheur de l'état futur : que les morts doivent être préférés aux vivants, quand on observe le repos des uns et la misère des autres ; sens que confirme Ecclésiaste 4:3. Au demeurant, c'est une grande vérité que les justes morts, qui meurent en Christ et sont avec lui, sont bien plus heureux que les saints vivants : car ils sont affranchis du péché ; hors de portée des tentations de Satan ; ils ne sont plus sujets aux ténèbres ni aux délaissements ; ils sont délivrés de tous les doutes et de toutes les craintes ; ils se reposent de tous leurs labeurs, de toute leur peine et de tout leur tourment ; et ils sont délivrés de toutes les afflictions, persécutions et oppressions - ce qui n'est pas le cas des saints vivants ; et de plus, les joies qu'ils possèdent, la compagnie où ils se trouvent toujours, et l'œuvre à laquelle ils sont employés, leur donnent infiniment la préférence sur tous ceux de la terre (voir Apocalypse 14:13 ; Philippiens 1:21,23).