Puis je me suis retourné, et j'ai considéré toutes les oppressions qui se commettent sous le soleil, etc. Selon Aben Ezra, le sage revint sur la pensée qu'il avait exprimée à la fin du chapitre précédent - qu'il était bon pour l'homme de se réjouir de ses œuvres - et la rétracta, ne pouvant se réjouir quand il considérait l'oppression et la violence qui règnent dans le monde ; mais il n'apparaît pas qu'il l'ait rétractée, puisqu'il la répète ensuite. Il revient plutôt à son sujet antérieur - l'abus du pouvoir et de l'autorité, mentionné en Ecclésiaste 3:16 - dont l'observation ci-dessus l'avait un peu écarté ; et il passe en revue toutes les sortes d'oppressions qui se commettent, et toutes les sortes d'« opprimés », comme certains traduisent, qui le deviennent sous le soleil : les sujets par leur prince ; l'étranger, la veuve et l'orphelin par des juges iniques ; les pauvres par les riches ; les serviteurs et les ouvriers par leurs maîtres, et ainsi de suite. Bien plus, il vit par le Saint-Esprit, comme le paraphrase Jarchi, toutes les oppressions par esprit de prophétie : il prévit toutes celles qui se commettraient sous le soleil - toutes les injustices faites au peuple d'Israël dans ses diverses captivités, puis à l'Église du Christ aux temps évangéliques ; toutes les persécutions de la Rome païenne, puis de la Rome papale ; tout ce qu'a fait ou fera l'antichrist, l'homme de la terre, qui avant peu n'opprimera plus (Psaume 10:18). Le Targum restreint ces oppressions à celles qui sont faites aux justes en ce monde ; et le sage observe fort justement qu'elles sont de celles qui se commettent sous le soleil : car il n'en est point au-dessus de lui, ni au-delà du sépulcre (Job 3:17,18) ;
et voici les larmes des opprimés - que leurs yeux répandaient, qui coulaient sur leurs joues, et qui étaient tout ce qu'ils pouvaient, n'ayant nul pouvoir de s'aider eux-mêmes. Le mot est au singulier : « et voici la larme » - comme s'il s'agissait d'un seul flot continu de larmes coulant d'eux comme un torrent ; ou comme s'ils avaient tellement épuisé, à force de pleurer, la source de la nature, que la fontaine des larmes fût tarie et qu'à peine une autre pût tomber - ou que c'était tout au plus si une autre en pouvait tomber. Et le sage ne pouvait guère contempler cela sans pleurer lui-même, étant le propre de l'homme de bien de pleurer avec ceux qui pleurent, surtout avec les gens de bien opprimés ;
et ils n'avaient point de consolateur - personne pour leur dire une parole de consolation, ni même pour faire quoi que ce fût qui allégeât leur douleur, moins encore pour les secourir ; nul consolateur humain - condition des plus déplorables (Lamentations 1:2,9,16,17 ; Psaume 69:20). À la vérité, quand tel est le cas, les hommes de bien ont sous leurs oppressions un Consolateur divin : Dieu les console dans toutes leurs tribulations ; l'un des noms du Messie est « la Consolation d'Israël » (Luc 2:25), et l'Esprit de Dieu est « un autre Consolateur » (Jean 14:16) ; et heureux sont ceux-là, quand tous les autres consolateurs sont de misérables consolateurs, ou que les autres hommes n'en ont point ;
et du côté de leurs oppresseurs était la force - pour les écraser et les tenir sous le joug, ou pour empêcher les autres de les secourir ou de les consoler. Ou bien : il n'y avait « nulle force [pour les délivrer] de la main de leurs oppresseurs », comme certains traduisent et suppléent - sens auquel s'accorde le Targum :
« et il n'y a personne pour les racheter de la main de leurs oppresseurs, par force de main et par puissance. »
On peut aussi traduire : « de la main de leurs oppresseurs [sort] la force », ou la violence - telle que les opprimés ne peuvent y résister ; ainsi la version arabe ;
mais ils n'avaient point de consolateur - ce qui est répété, moins pour confirmation que pour éveiller l'attention et la pitié, et pour exprimer l'affliction des opprimés et la cruauté des autres ; et cette proposition, venant après la précédente, donne à observer que c'est la puissance de l'oppresseur qui empêche et détourne les autres de consoler. Jarchi interprète tout ce verset des damnés de l'enfer, punis pour leurs œuvres mauvaises, pleurant sur leurs âmes opprimées par les anges destructeurs ; et c'est ainsi, dit-il, que l'explique un de leurs anciens livres, appelé Siphri.