Mieux vaut un enfant pauvre et sage qu'un roi vieux et insensé, etc. Le sage poursuit en montrant la vanité de la puissance et de la dignité du monde dans leur plus haute instance, qui est la royauté ; et pour l'illustrer et l'exemplifier, il suppose, d'un côté, un personnage revêtu de l'honneur royal, qui en jouit depuis longtemps, est affermi dans son royaume et avancé en âge, et qui, par ailleurs, serait vénérable pour sa gravité et sa dignité - mais qui est insensé : homme d'un esprit médiocre et d'une faible capacité, qui n'entend guère le gouvernement, ou est peu versé dans ses arts, quoiqu'il en tienne les rênes depuis longtemps ; et, ce qui est pire que tout, vicieux et méchant. De l'autre côté, il suppose un enfant dans ses tendres années, qui n'est pas encore parvenu à l'âge d'homme - et que l'on peut donc croire étourdi et sans expérience, et dont on fait par conséquent peu de cas ; d'autant plus qu'étant pauvre, il en devient méprisable, outre le désavantage d'une pauvre éducation : ses parents pauvres, lui hors d'état de se procurer livres et maîtres pour l'instruire, ni de voyager pour voir le monde et faire ses observations sur les hommes et les choses ; et qui pourtant est sage, doué d'un bon esprit qu'il cultive du mieux qu'il peut, à son propre profit et pour se rendre utile au monde ; et surtout s'il est sage et instruit dans les meilleures choses, s'il craint Dieu et le sert - il est plus heureux, dans son état et sa condition présents, que le roi dépeint plus haut dans les siens, et plus propre à prendre sa place et à être roi que lui ; car quoique jeune, il est sage, il croît en connaissance, et il consent à recevoir avis et conseils d'autres plus âgés et plus sages que lui : il est bien préférable à celui qui est vieux et insensé,
et qui ne sait plus se laisser avertir - ou « ne sait plus être admonesté » : il ne sait ni donner ni recevoir de conseil ; il ne supporte aucun avis, ne peut souffrir aucune remontrance ; il est obstiné, entêté dans sa propre volonté, et résolu à suivre sa propre voie. Les Juifs, dans leur Midrash, Jarchi et d'autres, l'interprètent allégoriquement de la bonne et de la mauvaise inclination dans l'homme - le principe de grâce et la corruption de la nature : l'une est le nouvel homme, l'autre le vieil homme ; et le nouvel homme vaut mieux que le vieil Adam. Le Targum l'applique à Abraham et à Nimrod : le premier est l'enfant pauvre et sage, qui craignit Dieu et le servit de bonne heure ; le second, le roi vieux et insensé, idolâtre, qui refusa d'être averti de son idolâtrie ; et de même le Midrash.