Fais-en part à sept, et même à huit, etc. Ou « une part » : non le tout de son bien, car il faut pourvoir à soi-même et à sa famille - celui qui n'en prend pas soin est pire qu'un infidèle ; un homme peut distribuer tout son bien aux pauvres et n'avoir pas la charité ; encore qu'il y eût sans doute une vraie charité, un vrai amour, dans la pauvre veuve qui jeta tout son bien dans le trésor - cas extraordinaire (1 Timothée 5:8 ; 1 Corinthiens 13:3 ; Marc 12:44) ; mais l'ordinaire est de donner des choses que l'on a, et non tout ce que l'on a (Luc 11:41) : donner selon son pouvoir, et ce qu'on peut distraire de son propre service et de celui des siens ; et cela doit se distribuer et se donner par parts aux pauvres, selon leurs nécessités - non tout à un seul, mais quelque chose à chacun, « à sept, et même à huit » : si sept personnes se présentent, qu'on donne à chacune sa part ; et si une huitième survient, qu'on ne la renvoie pas les mains vides - donne à quiconque te demande (Luc 6:30 ; comparer Michée 5:5). Certains, comme Aben Ezra, pensent que cela regarde le temps : qu'il faut donner constamment et continuellement, chaque jour, tous les sept jours de la semaine ; et quand vient le huitième jour, quand la semaine recommence, poursuivre du même train. Le Targum porte :
« mets une bonne part de semence dans ton champ en Tisri (le septième mois), et ne cesse pas de semer même en Kisleu, »
le huitième mois ;
car tu ne sais pas quel malheur viendra sur la terre - quelles calamités viendront sur elle, qui pourraient emporter tout le bien d'un homme : détruit par le feu, emporté par un déluge d'eaux, ou pillé par un ennemi ; ou du moins le jour de la mort peut venir vite, comme il viendra certainement - et alors il ne sera plus au pouvoir de l'homme de faire du bien avec ce qu'il possède. Au surplus, les arguments dont usent les avares contre la libéralité, le sage en use pour elle : ils allèguent que de mauvais temps peuvent venir, qu'ils peuvent essuyer de grandes pertes, ou se voir chargés d'une famille croissante, ou atteindre la vieillesse et en avoir eux-mêmes besoin ; eh bien, ce sont là autant de raisons de donner libéralement tant qu'on le peut, afin que, quand viendront ces choses qu'ils redoutent, ils soient à leur tour soulagés et secourus par d'autres : car ceux qui font miséricorde trouveront miséricorde ; et c'est là le moyen de se faire des amis pour le temps du besoin, et contre lui (voir Luc 16:9).