Ce qui a été, c'est ce qui sera, etc. Ce qui a été vu et entendu n'est autre que ce qui se verra et s'entendra de nouveau ; de sorte que ce qui se voit et s'entend maintenant n'est que ce qui s'est déjà vu et entendu : c'est la même chose, encore et toujours - et voilà pourquoi l'œil et l'oreille ne sont jamais rassasiés. Les mêmes objets - les cieux et la terre visibles, et tout ce qu'ils renferment, qui sont depuis le commencement - sont ceux-là mêmes qui seront ; et il n'y a rien d'autre à voir, à entendre, ni à posséder ;
et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera - ce qui se fait dans le siècle présent, voire en cette année, ce mois-ci ou ce jour même, se refera dans le suivant ;
et il n'y a rien de nouveau sous le soleil - ce qu'il faut entendre des choses naturelles : les œuvres de la création, achevées dès le commencement du monde, demeurent depuis lors telles qu'elles furent (Hébreux 4:3 ; 2 Pierre 3:4) ; les diverses saisons - le jour et la nuit, l'été et l'hiver, le printemps et l'automne, le chaud et le froid, les semailles et la moisson - reviennent en leur temps comme elles l'ont toujours fait, et ces ordonnances ne défaillent jamais (Genèse 8:22 ; Jérémie 31:35,36 ; 33:20,21). Les choses mentionnées plus haut - la succession constante des hommes sur la terre, qui naissent au monde et en meurent comme ils l'ont toujours fait ; le soleil qui se lève et se couche à son heure fixée, comme il y a près de six mille ans ; les vents qui tournoient par tous les points de la boussole aujourd'hui comme autrefois ; les fleuves qui gardent leur cours et leur retour, et la mer son flux et son reflux - tout cela demeure. Les mêmes arts et sciences, les mêmes métiers et manufactures existaient autrefois comme aujourd'hui, encore qu'en certains points ils aient pu se perfectionner et en d'autres décliner (voir Genèse 4:2,20-22 ; Exode 31:3-5). Et les choses mêmes que l'on croit d'invention nouvelle ne le paraissent peut-être que par l'ignorance des temps anciens, l'histoire ayant manqué de nous en instruire : ainsi l'imprimerie, la fabrication de la poudre, l'usage des canons et des bombes, celui de la pierre d'aimant et de la boussole du marin, passaient pour d'origine récente ; or, selon les histoires chinoises, ce peuple possédait ces choses des centaines d'années auparavant. La circulation du sang, dont la découverte est attribuée à un de nos compatriotes au siècle dernier, était connue de Salomon, et l'on estime qu'il la désigne en Ecclésiaste 12:6 ; et l'on pourrait faire des observations semblables sur d'autres inventions. L'empereur Marc Antonin emploie la formule même : ouden kainon, « rien de nouveau » ; et Sénèque :
« je ne vois rien de nouveau, je ne fais rien de nouveau. »
La chose se vérifie également dans l'ordre moral : les mêmes vices et les mêmes vertus existent aujourd'hui comme toujours, et toujours comme aujourd'hui. En tout âge, les hommes sont nés dans le péché et transgresseurs dès le sein maternel, corrompus dès l'enfance et à tous les âges de la vie ; il y avait la même luxure, la même intempérance, les mêmes passions contre nature, les mêmes rapines et violences aux jours de Noé et de Lot qu'aujourd'hui - à Sodome et Gomorrhe, et dans l'ancien monde, comme dans le siècle présent ; et il s'y trouvait alors, comme maintenant, un petit nombre d'hommes de sobriété, d'honnêteté, de vérité et de justice. Il n'y a d'exception que pour les choses surnaturelles, les événements miraculeux, que l'on peut dire nouveaux, inouïs et merveilleux : la terre s'ouvrant pour engloutir des hommes vivants ; le soleil et la lune s'arrêtant un temps considérable ; les miracles opérés par les prophètes de l'Ancien Testament et les apôtres du Nouveau, et surtout par le Christ - singulièrement l'incarnation du Christ, sa naissance d'une vierge, cette chose nouvelle créée sur la terre. Ces prodiges et leurs semblables sont l'œuvre de la puissance de l'Être divin, qui demeure au-dessus du soleil et n'est point lié par les lois de la nature. On peut excepter aussi les choses spirituelles, effets de la faveur divine ou fruits de la grâce efficace ; et cependant ces choses, nouvelles en un sens, sont anciennes aussi - les mêmes, quant à la substance, ont existé dans les âges passés et dès le commencement : ainsi la nouvelle alliance de grâce ; le chemin nouveau et vivant qui mène à Dieu ; les nouvelles créatures en Christ ; un nom nouveau ; le Nouveau Testament et ses doctrines ; les ordonnances nouvelles et le commandement nouveau de l'amour - toutes choses qui, en un sens, sont anciennes, et identiques quant au fond. Rien n'est nouveau que ce qui est au-dessus du soleil et qui se goûtera dans les demeures de la félicité pour toute l'éternité ; et il y a bien des choses nouvelles - le vin nouveau dans le royaume du Père du Christ, des gloires, des joies et des plaisirs nouveaux, qui n'auront jamais de fin.