Une génération s'en va, et une autre génération vient, etc. Voici qui montre que l'homme ne peut tirer aucun profit de tout son labeur sous le soleil, à cause de la brièveté de son séjour : à peine a-t-il acquis quelque chose par son travail qu'il lui faut le quitter. Et cela ne vaut pas seulement des particuliers, mais des familles, des nations et des royaumes - de tous les habitants du monde qui, contemporains les uns des autres, vivent ensemble dans un même âge, durant une période déterminée : ils s'en vont peu à peu par la mort, jusqu'à ce que la génération entière soit consumée, comme le fut au désert la génération des Israélites. Ce passage désigne la mort : sortie du temps vers l'éternité, départ de ce monde pour un autre, abandon de la maison terrestre de cette tente pour le sépulcre, la maison assignée à tous les vivants ; c'est l'homme s'en allant vers sa demeure éternelle, suivant le chemin de toute la terre. En peu de temps, une race entière, une génération d'hommes, quitte la scène du monde, et une autre lui succède ; ils y entrent par la naissance - aussi les hommes sont-ils désignés, dès leur naissance, comme « venant au monde » - et il y a un temps fixé pour l'entrée comme pour la sortie (Jean 1:9 ; Ecclésiaste 3:2) ; après y avoir séjourné quelque temps, ils s'en vont pour faire place à une génération nouvelle. Ainsi en a-t-il été depuis le commencement du monde, ainsi en sera-t-il jusqu'à la fin. Homère illustre cette vérité par la succession des feuilles des arbres : telle est la génération des feuilles, dit-il, telle celle des hommes ; les unes, le vent les répand sur le sol ; d'autres, la forêt bourgeonnante les produit, et elles croissent à leur place au printemps ; ainsi de la génération des hommes : l'un naît, l'autre cesse d'être. Or la mort met fin à toutes les jouissances que l'homme s'est acquises par son travail - richesses, honneurs, connaissance naturelle : tout cela cesse avec lui ; il n'a donc aucun profit de tout son labeur sous le soleil.
Mais la terre subsiste à jamais - pour un fort long temps, jusqu'à la dissolution de toutes choses ; et alors même, quoiqu'elle doive être consumée avec tout ce qu'elle renferme, elle sera changée plutôt qu'anéantie : sa forme sera altérée, sa substance demeurera ; elle ne sera pas réduite à néant, mais renouvelée et purifiée. Cette mention vient montrer que la terre, faite pour l'homme, dont il est l'habitant et le possesseur, est plus stable que lui : il en disparaît bientôt, elle demeure ; il retourne à la terre d'où il fut tiré, elle reste ce qu'elle était ; il meurt et laisse derrière lui la terre et tout ce qu'il y a acquis. Quel profit a-t-il donc de tous ses travaux sur elle ? Elle demeure d'ailleurs pour voir s'y renouveler, encore et encore, les mêmes choses qui s'y sont déjà accomplies. Dieu, qui l'a faite pour que les hommes l'habitent, a déterminé les temps fixés d'avance et les bornes de leur demeure ; il a établi qui l'habiterait, et où, dans la succession des générations ; et jusqu'à ce que tous ces hommes soient nés et disparus, âge après âge, la terre subsistera - puis elle passera par son ultime changement. Le Targum porte :
« la terre subsiste à jamais, pour porter la vengeance qui doit venir sur le monde à cause des péchés des enfants des hommes. »
Le Midrash Tanchuma, comme le relève Jarchi, l'interprète de tous les justes d'Israël, appelés « la terre » ; Jarchi lui-même, des débonnaires qui hériteront la terre. Rabbi Isaac dit :
« un royaume vient, un autre s'en va, mais Israël demeure à jamais. »