Moi, le prédicateur, j'ai été roi sur Israël, à Jérusalem. Après avoir donné une preuve générale de la vanité de toutes les choses d'ici-bas et de leur insuffisance à rendre les hommes heureux, Salomon en vient aux cas particuliers ; et il commence par la sagesse et la connaissance humaines, dont on pourrait croire qu'elles conduisent, plus que tout, au vrai bonheur - et qui pourtant n'y atteignent pas. Il s'en donne lui-même pour preuve ; et il ne pouvait choisir personne de plus propre ni de plus pertinent à son dessein : il eut tous les avantages pour acquérir la sagesse, il la poursuivit avec assiduité, et il y fit des progrès au-dessus de tous les hommes ; il faut donc le reconnaître pour juge compétent, et tout ce qu'il conclut peut être tenu pour certain. Telle est la substance des versets qui suivent jusqu'à la fin du chapitre. Que l'on observe d'abord qu'il était « prédicateur » - non un simple particulier -, et devait posséder une bonne mesure de connaissance pour être en état d'enseigner et d'instruire les autres ; qu'il était, de plus, roi, et ne manquait pas de moyens pour acheter des livres et s'attacher des maîtres qui l'instruisissent dans toutes les branches du savoir ; et que, lorsqu'il s'engagea dans l'étude la plus profonde de la sagesse, et surtout lorsqu'il prononça ces paroles, ce n'était ni dans son enfance ni avant son avènement, mais après - après même qu'il eut demandé à Dieu la sagesse pour gouverner et qu'elle lui eut été accordée ; après, disons-le, un long règne, tel qu'était alors le sien. Les écrivains juifs, tels le Targum, Jarchi et d'autres, concluent pourtant de ce passage qu'il n'était plus roi alors, mais réduit à l'état de simple particulier, déposé ou chassé de son trône - ce qui ne paraît nullement. De plus, il était roi d'Israël : non d'un peuple barbare, où auraient régné les ténèbres et l'ignorance, mais d'un « peuple sage et intelligent », comme il est appelé (Deutéronome 4:6) ; et roi à Jérusalem même, la métropole de la nation, où il avait son palais royal, où se trouvaient non seulement le temple, lieu du culte divin, mais un collège de prophètes, une multitude de prêtres et une abondance d'hommes sages et instruits qu'il avait tout loisir de fréquenter. Ajoutons ses vastes relations au-dehors : de tous les royaumes, on venait entendre sa sagesse - telle la reine de Séba - et, en lui posant des questions, on exerçait ses talents et l'on contribuait grandement à les perfectionner. Un homme ainsi qualifié doit être juge en matière de sagesse, et ce qu'il dit mérite attention ; observons enfin que ce qu'il déclare dans la suite l'est « in verbo regis et sacerdotis » - sur la parole d'un roi et d'un prédicateur, qui n'eût jamais risqué son honneur ni compromis son caractère en avançant une contre-vérité.