Il n'avait pas encore fait la terre - « il », c'est-à-dire le Seigneur, qui possédait la Sagesse, le Christ, et par qui celui-ci fut établi. Il n'avait pas encore fait la terre quand cela eut lieu. Ce qui montre que la terre a eu un commencement, contrairement à ce qu'ont soutenu les philosophes qui affirmaient son éternité ; que le Christ était avant qu'elle fût, puisqu'elle a été faite par lui, et qu'il est donc nécessairement éternel ; qu'il était avant tout homme, puisque la terre a été faite avant l'homme ; et qu'il n'était pas tiré de la terre, terrestre, comme le fut le premier homme.
Ni les campagnes : les parties planes de la terre, par opposition aux montagnes et aux collines dont il vient d'être question ; les vallées et les prairies qui s'étendent entre elles, pleines d'herbe, de fleurs et de fruits, agréables à voir et profitables à exploiter ; le mot est ainsi rendu ailleurs (Job 5:10), et le Targum porte ici « vallées ». Ou bien il s'agit des « parties extérieures », des extrémités de la terre, de ses deux pôles ; des régions inhabitables, par opposition à la partie habitable dont il est question plus loin. Ou encore de tout ce qui est au-dehors : l'éther ambiant et immense.
Ni le premier grain de poussière du monde. Il ne s'agit pas des montagnes et des collines, déjà mentionnées, qui sont pourtant la partie la plus haute de la terre ; il vaut mieux traduire : « le meilleur de la poussière de la terre », c'est-à-dire les métaux et les minéraux qu'elle renferme : l'or, l'argent et les pierres précieuses, dont il est question très tôt dans la Bible (Genèse 2:12). Ou bien : le « commencement », le premier et le principal, la « matière première », à savoir les poussières du monde, dont l'homme et toutes les créatures furent faits (Genèse 2:6 ; 3:19 ; Job 4:19 ; Ecclésiaste 3:20 ; 12:7). Le docteur Lister était d'avis que le sable avait été autrefois la couverture la plus extérieure et la plus générale de toute la surface de la terre : d'une part parce que toutes nos montagnes du Nord en sont couvertes, plus ou moins, encore aujourd'hui ; d'autre part à cause de sa grande dureté, de sa résistance et de son inaltérabilité ; et il dit que plus les montagnes sont hautes, plus le sable y est abondant et grossier. S'il en est ainsi, on pourrait à bon droit l'appeler la partie la plus haute de la poussière de la terre. Mais le Christ était avant tout cela, et il est aussi plus excellent que tout cela. On peut aussi y voir l'homme, qui fut fait de la poussière de la terre, et même le premier homme, Adam - c'est l'avis de Jarchi (Genèse 2:7) -, avant lequel le Christ était. On peut même y voir la nature humaine du Christ, plus belle que celle de tous les enfants des hommes, et la meilleure de tous les exemplaires de la nature humaine, puisqu'elle est sans péché, unie au Fils de Dieu, et façonnée admirablement par l'Esprit de Dieu. Or le Christ, comme Fils de Dieu, comme unique engendré du Père, existait avant que cette nature humaine existât, c'est-à-dire avant qu'il fût Fils de l'homme.