« On ne méprise pas le voleur qui vole » - On ne le blâme pas, on ne le couvre pas d'opprobre, on ne le marque pas d'infamie, on ne l'expose pas à la honte publique du fouet ; on l'excuse plutôt, et on le plaint, quand on voit son cas, ce qui l'y a poussé, et qu'il n'avait d'autre but que celui-ci :
« pour se rassasier » - Apaiser la faim qui le tenaille, n'ayant rien à manger ni aucun autre moyen d'en trouver ; il faut compléter : « car il fait cela pour se rassasier », ou, comme le syriaque, « car il vole pour rassasier son âme » - raison pour laquelle on ne le méprise ni ne le maltraite : il n'y a chez lui ni dessein méchant de nuire au prochain, ni intention cupide d'accroître son bien par des voies illicites, mais seulement la nature aux abois ; et une autre raison suit, ou la confirmation de la première :
« quand il a faim » - Ou « car il a faim » [162] : pressé par la famine ; la tentation est grande, la nature le pousse ; et bien que ce soit un délit, les hommes, en pareil cas, ne l'accablent pas. Le Targum : « on ne s'étonne pas d'un voleur qui vole pour rassasier son âme affamée ». La Vulgate : « ce n'est pas une grande faute que de voler pour remplir une âme affamée » - c'est une faute, mais pas des plus graves ; du moins pas aussi grave que l'adultère, pour lequel l'exemple est donné et auquel il est comparé : le but de la comparaison est de montrer que l'adultère est bien pire que le vol. Et pourtant, de nos jours, on voit l'un puni sévèrement, jusqu'à la mort pour des vétilles, tandis que l'autre reste impuni.
Notes
[162] b[ry yk « quia esurit », Pagninus, Montanus, Mercerus, Gejerus ; « quum esurit », Junius & Tremellius, Piscator.