Quand il n'y a point de vision, le peuple périt : c'est-à-dire « point de prophétie », comme le rend la Vulgate latine ; et c'est souvent le sens du mot, la vision d'Ésaïe étant la prophétie d'Ésaïe ; et, dans le Nouveau Testament, prophétiser est souvent mis pour prêcher ; ici, la vision ou prophétie signifie le ministère public de la Parole et des ordonnances, et le manque de personnes pour les administrer ; « point d'interprète », selon la Septante, ou d'exposant, selon l'arabe. Tel fut le cas à la fin de la vie d'Éli (1 Samuel 3:1) ; au temps d'Asa et auparavant (2 Chroniques 15:3) ; dans la captivité de Babylone (Ézéchiel 7:26 ; Lamentations 2:9) ; au temps d'Antiochus (Psaume 74:9) ; quand Jean-Baptiste et le Christ vinrent d'abord prêcher la Parole (Matthieu 9:36) ; et tel est maintenant le cas des Juifs, et le sera jusqu'au temps de leur conversion. Ainsi en était-il dans le monde païen avant que l'Évangile y fût apporté (Actes 17:30) ; et ainsi en est-il maintenant dans les lieux où étaient les sept Églises d'Asie, et dans toute l'Asie, qui entendit jadis la parole du Seigneur, tout ce vaste pays où l'on ne l'entend plus du tout, mais qui est couvert des ténèbres mahométanes. Et c'est le cas dans tous les pays papistes, soumis au siège de Rome, où la Parole de Dieu n'est pas prêchée au peuple, à qui l'on ne permet même pas de la lire ; et même dans les Églises réformées, la plupart du temps, on ne prêche qu'un peu de morale, et non l'Évangile du Christ ; en sorte que là le peuple périt faute de connaissance (Osée 4:6) ; et quand les témoins, qui prophétisent maintenant vêtus de sacs, seront mis à mort, il y aura pour un temps un arrêt complet de la prophétie ou de la prédication ; mais quand ils ressusciteront, la terre sera remplie de la connaissance de Dieu, par le ministère de la Parole. Or, là où il n'y a pas de prédication, les hommes périssent dans leurs péchés ; la Parole étant le moyen ordinaire de la grâce, de la régénération, de la conversion, de la foi et du salut ; sans laquelle les hommes ne connaissent rien du Christ, ni de la paix, du pardon, de la justice et de la vie éternelle par lui. Et là où il y a de la prédication, mais qui n'est pas de la bonne sorte, elle ne répand aucune connaissance spirituelle, il n'y a sous elle aucune nourriture pour les âmes ; elles périssent de faim, comme le prodigue, ou sont dans un état de disette et de famine ; nulle consolation pour le peuple de Dieu, qui périt dans ses consolations sous un tel ministère (1 Corinthiens 8:11) ; et le poison se répand parmi les autres ; la fausse doctrine ronge comme une gangrène et détruit les âmes. En outre, là où il y a une vraie vision et prophétie, une vraie prédication de la Parole, mais qu'on la méprise et la néglige, les hommes périssent néanmoins ; comme les Juifs d'autrefois, et tous ceux qui nient et méprisent la Parole aujourd'hui (Actes 13:41 ; Hébreux 2:3) ; et c'est ce qui semble visé ici, comme il ressort du membre suivant. Le mot traduit « périt » a divers sens, qui s'accordent avec le texte. On peut le rendre : « le peuple devient oisif », ou « cesse », de pratiquer les bonnes œuvres, se relâche dans ses mœurs et devient licencieux dans sa conduite ; ou : « il devient indocile », farouche, obstiné, ingouvernable, et se rebelle contre ses supérieurs ; ou : il est « mis à nu », dépouillé de ses ornements, de ses privilèges civils aussi bien que religieux, ce qui est souvent le cas là où il n'y a pas de vision, comme de toute vertu et moralité, et de la bénédiction et de la protection de Dieu ;
mais bienheureux celui qui garde la loi ; non la loi morale, que nul ne peut garder parfaitement, mais la loi de la foi. On peut traduire : « heureux celui qui observe la doctrine » ; la doctrine de l'Évangile, là où elle est prêchée ; celui qui s'y applique, l'apprécie et l'estime, la reçoit par la foi et avec douceur ; béni est-il, bénis sont ses yeux et ses oreilles ; il voit des merveilles tirées de cette loi ou doctrine, et il entend et connaît le son joyeux, qui lui apporte le salut et la vie éternelle !