L'homme fidèle sera comblé de bénédictions ; ou : « un homme de fidélité ». L'homme véritablement fidèle, et qui l'est en un sens moral : fidèle à son travail, tenant ses promesses, respectant ses contrats, s'en tenant aux obligations qu'il contracte ; fidèle dans toute confiance qu'on lui accorde, dans les grandes choses comme dans les petites, dans quelque position qu'il soit, et cela toute sa vie durant. Un tel homme est comblé des bénédictions et des louanges des hommes, qui l'estiment tous et disent du bien de lui, et comblé aussi des bénédictions de la providence divine ; il est « abondant en bénédictions », selon la traduction possible, tant pour en recevoir de Dieu que pour en donner aux hommes, car un tel homme est d'ordinaire charitable et bienfaisant. Mais on peut aussi l'entendre de celui qui est fidèle au sens spirituel et évangélique, tels que sont ceux qui suivent l'Agneau (Apocalypse 17:14). Le texte porte littéralement « un homme de vérités » : qui a en lui la vérité de la grâce ; qui connaît la grâce de Dieu en vérité ; chez qui se trouve la vérité de l'Évangile, qu'il a apprise, connue, embrassée, qu'il estime et à laquelle il s'attache ; et qui est uni au Christ, lequel est la vérité, formé, vivant et habitant dans son cœur ; dont il a fait une bonne profession, qu'il retient fermement et à qui il demeure attaché. Le titre de « fidèle » appartient aux vrais serviteurs du Christ, qui prêchent l'Évangile pur et tout entier, qui cherchent à plaire non aux hommes mais à Dieu, et non pas eux-mêmes ni leur propre gloire, mais les choses du Christ et sa gloire, et continuent ainsi en dépit de toute opposition ; et il appartient aussi aux simples chrétiens, aux fidèles en Jésus-Christ, qui croient vraiment en lui, s'attachent à ses vérités et à ses ordonnances, sont fidèles les uns envers les autres et le demeurent jusqu'à la mort. Ceux-là sont comblés des bénédictions de l'alliance de grâce, de toutes les bénédictions spirituelles en Christ, de la plénitude de la bénédiction de son Évangile ; ils ont en eux une abondance de grâce, donnée dans la conversion - foi, espérance, amour, humilité et bien d'autres - et dont l'exercice leur est donné en abondance ; et il leur est fait une abondance de bienfaits de grâce : le pardon du péché, une justice qui justifie, l'adoption, l'aptitude et le droit à la vie éternelle ; ils ont le Christ, et tout avec lui, en sorte qu'on peut dire d'eux qu'ils ont tout et sont dans l'abondance.
Mais celui qui se hâte de s'enrichir ne restera pas impuni : celui qui est trop anxieux et immodérément désireux de s'enrichir, et qui poursuit à cette fin tous les moyens de toute sa force et de toute son ardeur, qui y travaille jour et nuit - quand même il n'emploierait ni moyens criminels ni voies illicites à proprement parler, et qu'il ne ferait de tort à personne, il n'est pourtant pas innocent : cette anxiété excessive est en elle-même coupable, et il n'est pas exempt de cupidité (voir Proverbes 23:4). Et s'il use de moyens injustes et illicites pour amasser des richesses, résolu à s'enrichir à tout prix, par des voies droites ou tortueuses, il ne sera innocent ni devant Dieu ni devant les hommes ; et ainsi le Targum traduit :
« celui qui court à l'iniquité pour s'enrichir » ;
et à vrai dire, quand un homme s'enrichit brusquement ou en peu de temps, même si on ne peut l'accuser directement de fraude ni d'injustice, il n'est pas innocent dans l'esprit des hommes ni à l'abri de leurs soupçons. L'homme qui se hâte de s'enrichir s'oppose à celui qui est fidèle et vrai dans sa parole et dans ses contrats ; c'est celui que Juvénal appelle « avarus properans » (voir 1 Timothée 6:9,10).