Un frère offensé est plus difficile à gagner qu'une ville forte : on prendra plus vite une ville fortifiée qu'on ne réconciliera deux frères dont l'un a offensé l'autre ; leur ressentiment l'un contre l'autre est plus vif que contre n'importe qui d'autre ; et leur amour changé en haine est plus amer ; et il est plus difficile d'aplanir un différend entre frères qu'entre ennemis. Aussi doivent-ils prendre garde à ne pas se brouiller en chemin. Cela est vrai des frères au sens naturel, comme le montrent les cas d'Abel et de Caïn, de Jacob et d'Ésaü, de Joseph et de ses frères, d'Amnon et d'Absalom, et d'autres encore ; et cela est vrai aussi des frères au sens spirituel, comme Paul et Barnabas, Luther et Calvin, et d'autres.
Et leurs querelles sont comme les verrous d'une forteresse, qu'on ne peut ni briser ni sectionner facilement : ainsi les querelles, surtout entre frères, ne s'apaisent qu'à grand-peine, et leurs différends ne s'arrangent guère ; ils tiendront bon les uns contre les autres aussi longtemps qu'une ville forte ou un château verrouillé contre un ennemi.