Celui qui travaille travaille pour lui-même. L'homme est né pour le travail ; c'est une partie de la malédiction encourue pour son péché ; et sa condition et sa situation le rendent nécessaire, puisque ceux qui ne veulent pas travailler ne doivent pas manger ; et il est ici question du travail fait pour la nourriture et le vêtement, lequel est pour l'homme lui-même. Car s'il travaille pour s'enrichir et amasser de l'argent, et acheter des terres, tout cela est plus pour d'autres que pour lui, et il ne sait même pas pour qui il travaille. Le texte hébreu porte proprement : « l'âme de celui qui travaille travaille pour lui-même », et l'on peut l'entendre du travail de l'âme pour les choses spirituelles, pour la nourriture spirituelle, pour cette nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle ; et cela peut désigner les divers exercices de la religion auxquels les hommes s'appliquent pour avoir de quoi nourrir leur âme et la faire croître : la prière, la lecture des Écritures, la fréquentation du ministère de la Parole et des ordonnances. Et ce travail est pour eux-mêmes : pour le bien et le salut de leur âme immortelle, pour sa prospérité spirituelle, pour la nourrir jusqu'à la vie éternelle. On peut aussi l'appliquer aux serviteurs de l'Évangile, qui travaillent dans la vigne du Seigneur, dans la parole et l'enseignement ; car s'ils travaillent d'abord à promouvoir la gloire de Dieu, la cause du Christ et le bien des âmes, cela tourne aussi à leur propre compte ; et de fait ils travaillent à être agréés du Seigneur, et à la fin ils s'entendront dire : « C'est bien, bon et fidèle serviteur ; entre dans la joie de ton maître » (Matthieu 25:23). Certains traduisent : « celui qui est pénible est pénible à lui-même », car un tel homme n'est pas seulement pénible aux autres, il l'est aussi à lui-même, et il est cause d'un grand trouble dans son propre esprit.
Car sa bouche l'y contraint : elle le contraint à travailler, afin de satisfaire son appétit ; car « tout le travail de l'homme est pour sa bouche », pour la nourrir et remplir son ventre (Ecclésiaste 6:7). Ou : « sa bouche se penche vers lui », comme un suppliant qui le prie de travailler pour lui procurer de quoi manger et satisfaire son besoin ; ou comme une bête qui se penche pour se nourrir. Ou encore : « sa bouche pèse sur lui » ; elle l'y oblige, comme dit la Vulgate ; elle le force, bon gré mal gré, à travailler, tant ses besoins sont pressants. Et cela vaut aussi dans l'ordre spirituel : la bouche d'un homme, ou son appétit spirituel, le pousse à user des moyens et à s'adonner aux exercices spirituels, sans lesquels il serait réduit à la famine ; et cela est vrai des serviteurs de la Parole, que leur bouche oblige pour ainsi dire : ils ne peuvent pas ne pas dire ce qu'ils ont vu et entendu. Ou encore : « sa bouche se retourne contre lui », contre l'homme qui a été pénible à lui-même et aux autres. Le Targum porte :
« car de sa bouche lui viendra l'humiliation » ;
ou sa ruine, comme dit la version syriaque.