La lumière des yeux réjouit le cœur : non pas tant la faculté de voir, une vue nette et bonne - quoique ce soit une grande grâce, qui vient du Seigneur, qu'il faut priser, et qui réjouit vraiment le cœur -, mais plutôt les objets que la lumière des yeux fait voir, dit Jarchi : les jardins verdoyants, les rivières qui coulent, les prairies riantes, les collines qui s'élèvent, les vallons paisibles, les herbes, les plantes, les arbres, les oiseaux, les bêtes et toutes les créatures ; et l'œil ne se rassasie jamais de voir. Et surtout la lumière elle-même réjouit le cœur, et plus particulièrement cet astre magnifique et cette source de lumière qu'est le soleil : « la lumière est douce », dit le sage (Ecclésiaste 11:7), « et il est agréable aux yeux de voir le soleil » - commentaire exact de notre texte. Mais combien plus agréable, plus délicieuse, plus réconfortante et plus réjouissante doit être la lumière spirituelle des yeux de l'intelligence, quand l'Esprit de Dieu les ouvre à la conversion ! C'est à une lumière admirable que les âmes sont alors appelées, et les choses merveilleuses qu'elles voient réjouissent leur cœur : le Christ lui-même, le soleil de justice, la lumière du monde ; la gloire de sa personne et de sa charge ; la plénitude de grâce qui est en lui ; le pardon des péchés par son sang ; la justification par sa justice ; et le salut plein et gratuit qu'il apporte aux pires et aux premiers des pécheurs. Dans la lumière qui leur est donnée, ils voient la lumière : la lumière du visage de Dieu, sa face et sa faveur, qui les remplissent d'allégresse ; la lumière de la Parole divine et de ses précieuses vérités ; et jusqu'à la lumière, la joie et le bonheur du monde à venir, dont l'espérance seule réjouit déjà leur cœur. Jarchi entend mystiquement ce verset de la lumière des yeux dans la loi ; mais il vaut bien mieux l'entendre de la lumière des yeux dans l'Évangile et dans ses mystères.
Et une bonne nouvelle engraisse les os ; ou : « une bonne chose entendue » : non pas le sens de l'ouïe ni son exercice, quoique ce soit une grande grâce, mais ce qu'on entend. Certains l'entendent d'une bonne « réputation », sens que l'expression a parfois : soit celle qu'un homme entend faire de lui-même, ce qui lui met l'esprit en joie et se répercute sur son corps et sur ses humeurs, remplissant ses os de moelle et les couvrant de graisse ; soit celle qu'il entend faire de ses amis, ce qui lui est agréable, comme l'apôtre Jean se réjouissait de la bonne réputation dont Démétrius jouissait auprès de tous (3 Jean 12). Mais il vaut mieux l'entendre de la bonne nouvelle venue d'un pays lointain, comme dit la même expression en Proverbes 25:25 - et c'est ainsi que traduit ici la version arabe -, c'est-à-dire l'Évangile, qui est une nouvelle annoncée (voir Ésaïe 53:1 ; Romains 10:16) : une nouvelle touchant Dieu, les perfections de sa nature, les desseins de son cœur, l'alliance de sa grâce, son amour, sa grâce et sa miséricorde envers les hommes en Jésus-Christ ; une nouvelle touchant le Christ, sa personne et ses charges, son incarnation, son obéissance, ses souffrances et sa mort, sa résurrection, son ascension, sa session à la droite de Dieu, son intercession pour les siens et son second avènement pour le jugement ; une nouvelle touchant le salut, la paix, le pardon, la justice et la vie éternelle par lui ; une nouvelle touchant le bon pays, la Canaan céleste, ses splendeurs, le chemin qui y mène et ceux qui la posséderont. Et c'est une « bonne » nouvelle : c'est l'annonce heureuse de biens excellents, mis en réserve dans l'alliance, venus par le Christ, le grand Prêtre, auxquels les saints ont part et dont ils jouiront ici-bas et dans l'au-delà. C'est aussi une nouvelle véridique et digne de foi, puisqu'elle est donnée par Dieu lui-même, par Jésus-Christ le témoin fidèle, et par les apôtres du Christ, témoins oculaires et auriculaires de ce qu'ils rapportent. Et cette nouvelle, entendue, reçue et embrassée, contribue grandement à la santé et à la prospérité spirituelles des enfants de Dieu : elle les engraisse et les fait fleurir ; ces paroles agréables sont comme un rayon de miel, douces à l'âme, elles réjouissent le cœur et sont moelle et santé pour les os (voir Proverbes 3:8 ; 12:25 ; 16:24).