Tout travail apporte du profit ; ou : de l'« abondance » ; on y gagne beaucoup : la nourriture, le vêtement, la fortune, le bien, la sagesse, l'honneur ; et rien ne s'obtient sans travail. Celui qui est actif dans son métier, qu'il travaille de ses mains ou de sa tête - en faisant de bonnes choses de ses mains, ou en s'appliquant à l'étude, à beaucoup lire et à méditer constamment -, gagnera beaucoup, pour son propre usage et pour le bien d'autrui.
Mais le bavardage des lèvres ne mène qu'à la disette : la disette de nourriture et de vêtement, des choses nécessaires à la vie. Celui qui passe son temps en propos oiseux, à se vanter de ce qu'il peut et de ce qu'il fait, sans rien faire, est en bon chemin pour finir mendiant. De même, tout discours sur la sagesse, le savoir et la religion, sans employer les moyens qu'il faut pour progresser, appauvrit l'esprit ; et ce sont généralement les plus vides de connaissance, naturelle ou spirituelle, qui en parlent et s'en vantent le plus : ce sont les tonneaux vides qui résonnent le plus fort. Les bons entretiens, les paroles salutaires, la saine doctrine, bien assimilée, édifient et enrichissent l'esprit ; mais les paroles creuses, les discours séduisants de la sagesse humaine, les disputes de mots sans profit et les grandes phrases boursouflées, qui ne sont que travail de lèvres, mènent à la pauvreté spirituelle et à la maigreur de l'âme.