Ne sois pas juste à l'excès, etc. Cela ne s'entend pas de la justice vraie et réelle, même morale - un homme ne peut être trop saint ni trop juste ; mais de l'ostentation et du semblant de justice, et de ceux qui veulent passer pour plus justes et plus saints que les autres, et méprisent en conséquence ceux qui, à leur idée, ne les valent pas ; qui sont fort rigides et censorieux dans leurs jugements d'autrui, et fort sévères dans leurs réprimandes ; et qui, pour paraître très justes, font plus que ce que la loi requiert d'eux - jusqu'à des œuvres de surérogation, comme les pharisiens autrefois et les papistes aujourd'hui le prétendent ; s'abstiennent de l'usage licite des choses que Dieu a données pour en jouir ; et macèrent leurs corps par l'abstinence, les jeûnes, les pèlerinages, les pénitences, les disciplines et autres pratiques semblables, comme les ermites parmi les chrétiens, et les Turcs, ainsi que l'observe Aben Ezra sur ce passage ; et il en est beaucoup qui, par un zèle imprudent pour ce qu'ils jugent droit - et qui n'est parfois que bagatelle -, et par des réprimandes intempestives de ce qui est mal, s'exposent au ressentiment et au danger. Certains l'entendent de la justice politique et punitive, exercée d'une manière trop stricte et trop rigoureuse, selon la maxime : « summum jus saepe summa injuria est » ; et Schultens, d'après l'usage du mot en arabe, traduit : « ne sois pas trop rigide » ; d'autres, en sens contraire, d'une trop grande clémence et pitié envers les coupables - ainsi le Midrash ; et Jarchi l'illustre par le cas de Saül, qui eut pitié des méchants et épargna Agag. Le Targum porte :
« ne sois pas juste à l'excès au temps où un pécheur est trouvé coupable de meurtre en ton tribunal, en sorte que tu l'épargnes et ne le fasses pas mourir ; »
et ne te fais pas sage outre mesure - au-delà de ce qui est écrit, et ne prétends pas être plus sage que les autres ; ainsi la version arabe : « ne montre pas trop de sagesse » ; n'affecte pas - comme de n'être pas plus juste que les autres, de n'être pas non plus plus sage - en trouvant à redire aux temps présents, ou aux dispensations de la Providence, ou aux mœurs et à la conduite des hommes, en t'érigeant en critique et en censeur des hommes et des choses ; et ne fouille pas dans les choses, n'en recherche pas une connaissance qui passe ta portée et excède ta capacité ;
pourquoi te détruirais-tu ? - soit en vivant trop strictement et trop austèrement, soit en étudiant avec trop d'application, soit en te conduisant envers les hommes de telle sorte qu'ils chercheront ta perte et la feront venir sur toi ; ou : « pourquoi », ou « de peur que tu ne deviennes stupide » - que tu ne perdes le sens et la raison, comme ceux qui s'appliquent à des connaissances pour lesquelles ils n'ont nulle capacité ; ou : pourquoi deviendrais-tu insensé aux yeux de tous par ta conduite ? ou encore : « pourquoi serais-tu désolé » - seul, sans que personne se soucie de ta conversation ni de ta connaissance ?