Ne dis point : d'où vient que les jours d'autrefois étaient meilleurs que ceux-ci ? etc. C'est une opinion commune, qui prévaut parmi les hommes en tous les âges, que les temps anciens valaient mieux que les présents : que le négoce y fleurissait davantage, que les hommes y acquéraient plus de bien et de richesses et vivaient dans plus d'aisance et d'abondance ; et ils se plaignent que leur lot soit échu en des temps si durs, et sont prêts à en rejeter le blâme sur la providence de Dieu et à murmurer contre elle - ce qu'ils ne doivent point faire ;
car ce n'est pas par sagesse que tu t'enquiers de cela - cette opinion vient de l'ignorance des temps anciens : si l'on s'en enquérait droitement, ou si l'on en pouvait acquérir la vraie connaissance, il paraîtrait qu'ils ne valaient pas mieux que les présents, et qu'il y eut toujours des hommes mauvais et des choses mauvaises - fraudes, oppressions, violences, et tout ce dont on peut se plaindre aujourd'hui ; ou si les choses sont pires qu'elles n'étaient, il faut l'imputer à la méchanceté des hommes ; et celui qui s'enquiert devrait regarder à soi-même et à ses propres voies, voir si la cause n'y est pas, et s'appliquer à racheter le temps, parce que les jours sont mauvais - et non mettre en accusation la providence de Dieu, murmurer contre elle et lui chercher querelle, comme si ses distributions étaient inégales, et la justice moins bien rendue en un âge qu'en un autre.