Ne sois pas prompt de ta bouche, et que ton cœur ne se hâte pas de proférer une parole devant Dieu, etc. Dans la conversation privée, il faut veiller à ne prononcer, sous le coup de la hâte, aucune parole téméraire et inconsidérée, comme le firent Moïse et David ; ni aucune parole mauvaise, ni même oiseuse : car de l'abondance du cœur la bouche est prompte à parler, et tout est devant le Seigneur ; il n'est pas une parole sur la langue qu'il ne connaisse tout entière, et dont il ne faille lui rendre compte (Psaume 106:33 ; 116:11 ; 139:4 ; Matthieu 12:34-37). Jérôme l'interprète des paroles dites au sujet de Dieu ; et l'on doit être circonspect en ce qu'on dit de lui - de sa nature et de ses perfections, de ses personnes et de ses œuvres. On peut aussi l'appliquer à la profession publique de son nom et de la foi en lui : quoiqu'elle doive se faire avec le cœur, ni le cœur ni la langue ne doivent être téméraires et précipités à la faire ; les hommes doivent considérer ce qu'ils professent et confessent, et sur quel fondement ils embrassent et professent la religion - s'ils ont ou non la vraie grâce de Dieu. Et cela vaut encore du ministère public de la parole, où l'on ne doit pas proférer tout ce qui monte à l'esprit, ni ce qui est cru et indigeste, mais ce que les ministres ont médité, pesé dans leur esprit et dûment digéré. Certains l'entendent des vœux téméraires - tel qu'on suppose celui de Jephté -, dont on se repent ensuite ; mais il s'agit plutôt de la parole adressée à Dieu dans la prière. Ainsi le Targum :
« que ton cœur ne se hâte pas de faire sortir une parole au temps où tu pries devant le Seigneur ; »
tout ce qui monte à l'esprit, quel qu'il soit, ne doit pas être proféré devant Dieu, ni rien avec témérité et précipitation ; les hommes doivent réfléchir avant de parler au Roi des rois ; car s'il ne faut pas user de formules de prières composées d'avance, la matière de la prière doit pourtant être pensée auparavant : quels sont nos besoins, et ce que nous devons demander, pour nous-mêmes ou pour autrui - règle contre laquelle, je le crains, nous péchons souvent. Les raisons suivent :
car Dieu est au ciel, et toi sur la terre - son trône est dans les cieux, il habite au plus haut des cieux, quoiqu'ils ne puissent le contenir ; ce qui exprime sa majesté, sa souveraineté et sa suprématie, son omniscience et son omnipotence : il est le Très-Haut et le Sublime, qui habite le lieu haut et saint ; il est au-dessus de tout, voit et connaît toutes les personnes et toutes les choses ; il siège dans les cieux et fait tout ce qu'il lui plaît ; tous doivent donc se tenir en crainte devant lui, et considérer ce qu'ils lui disent. Notre Seigneur paraît avoir eu ce passage en vue lorsqu'il enseigna ses disciples à prier en disant : « Notre Père, qui es aux cieux » (Matthieu 6:9 ; Luc 11:2) ; et quand nous le prions, nous devons penser à ce que nous sommes nous-mêmes : que nous sommes sur la terre, le marchepied de Dieu ; que nous sommes de la terre, terrestres ; que nous habitons des maisons d'argile, dont le fondement est dans la poussière ; vermisseaux rampants sur la terre, indignes de son attention ; poussière et cendre - nous qui prenons sur nous de lui parler ;
que tes paroles soient donc peu nombreuses - celles dont la prière se compose ; telle fut la prière du publicain : « Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur » (Luc 18:13) ; et telle la prière que le Christ a donnée en modèle et en règle à son peuple - lui qui a interdit les vaines redites et le parler abondant dans la prière (Matthieu 6:7,8). Non que toutes les longues prières soient à condamner, ni toutes les répétitions qu'elles contiennent : notre Seigneur passa lui-même toute une nuit en prière ; et Néhémie, Daniel et d'autres ont usé de répétitions dans la prière - ce qui peut se faire avec une affection, un zèle et une ferveur renouvelés ; mais sont interdites celles qui se font pour être exaucé à force de parler, comme chez les païens, qui croyaient n'être pas compris s'ils ne redisaient une chose cent fois ; ou pour se donner le renom d'être plus saint et plus religieux que les autres, comme chez les pharisiens.