Tel homme est seul, et n'a point de second, etc. Selon Aben Ezra : ni ami ou compagnon, ni serviteur, ni femme - dernier sens qu'il préfère ; point d'ami ni de compagnon, parce que l'amitié et la fréquentation entraînent des dépenses ; point de serviteur, qui lui serait à charge ; point de femme, qui coûterait davantage encore et amènerait une famille d'enfants : c'est donc pour épargner qu'il choisit de n'avoir ni les uns ni les autres ; car c'est un avare qui est ici dépeint ;
il n'a ni enfant ni frère - pour hériter de son bien, comme ajoute le Targum. Certains hommes du monde, dont le ventre est rempli de trésors cachés, après avoir beaucoup joui, laissent en mourant le reste de leur bien à leurs petits enfants ; mais l'homme ici décrit n'a ni enfants ni parents à qui laisser sa fortune ;
et cependant il n'est point de fin à tout son labeur - un projet d'enrichissement exécuté, il en forme un autre ; un ouvrage achevé, il en entreprend un autre ; il se lève tôt et veille tard, il travaille et peine nuit et jour, comme s'il ne possédait pas un sou et avait à pourvoir à une famille grande et nombreuse ; ou bien : il n'est point de fin à ce que son labeur lui rapporte - point de fin à ses trésors (Ésaïe 2:7) ; il est immensément riche, comme l'interprète Aben Ezra ;
et ses yeux ne sont point rassasiés de richesses - de voir ses sacs d'or et d'argent, quoiqu'il prenne grand plaisir aussi à les contempler, sans en faire usage ; il n'est pourtant pas satisfait de ce qu'il a, il en veut davantage ; il élargit son désir comme le séjour des morts, et comme le sépulcre n'en a jamais assez (voir Ecclésiaste 5:10) ;
et il ne dit point : pour qui est-ce que je travaille ? - n'ayant ni femme, ni enfant, ni parent, ni ami, et cependant si misérablement stupide et irréfléchi qu'il ne se pose jamais cette question : pour qui suis-je à la peine ? J'amasse des richesses, et je ne sais qui les recueillera. C'est un tourment pour l'homme du monde de laisser son bien derrière lui - même pour celui qui a un héritier, quand il ignore s'il sera sage ou insensé ; mais qu'un homme qui n'a nul héritier peine et travaille ainsi pour le monde, c'est une stupidité grossière, une pure folie - surtout quand il se prive lui-même de la consolation de ce qu'il possède ;
et prive mon âme du bien-être ? - au lieu de jouir largement de ce qui lui est donné, il se le refuse à lui-même, affame son dos et son ventre, vit dans un besoin pinçant au milieu de la plus grande abondance ; il n'a pas le pouvoir de manger de ce qu'il possède et que son âme désire (voir Ecclésiaste 6:2).
Cela aussi est vanité, et une occupation fâcheuse - chose très vaine et très mauvaise, « une affaire mauvaise », comme on peut traduire ; un fort grand péché et une fort grande folie ; quelques théologiens y voient la pire espèce d'avarice, la plus cruelle et la plus dénaturée.