Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse, etc. Ou de tes « Créateurs » ; comme de tes « auteurs » (Job 35:10 ; Psaume 149:2 ; Ésaïe 54:5) : car plus d'un concoururent, tant à la création de toutes choses en général qu'à celle de l'homme en particulier (Genèse 1:26) ; et ils ne sont ni plus ni moins que trois : le Père, le Fils et l'Esprit - le Dieu unique qui a créé les hommes (Malachie 2:10) ; le Père, qui est le Dieu de toute chair et le Père des esprits, formateur des corps et des âmes des hommes (Jérémie 31:27 ; Hébreux 12:9) ; le Fils, par qui toutes choses ont été créées - car celui qui est le Rédempteur et l'époux de son Église, caractères et relations propres au Fils, est le Créateur (Ésaïe 43:1 ; 54:5) ; et le Saint-Esprit, qui non seulement orna les cieux et se mouvait sur la face des eaux, mais qui est l'auteur des hommes et leur donne la vie (Job 33:4). Or ce Dieu, ce Créateur, les jeunes gens doivent « s'en souvenir » : se souvenir qu'il est un Dieu - ce qu'ils sont prompts à oublier ; que ce Dieu est un Dieu de grandes et glorieuses perfections - omniscient, omniprésent, omnipotent, saint, juste et véritable, qui juge sur la terre et jugera le monde en justice, et eux avec lui ; et qu'il est en Christ un Dieu de grâce et de miséricorde, qui pardonne l'iniquité, la transgression et le péché. Ils doivent se souvenir de lui sous ce caractère de « Créateur » : qui les a faits, et non eux-mêmes ; qui les a formés de la poussière de la terre, à laquelle ils doivent retourner ; qui les a appelés à l'être, les y a conservés, et les a comblés des bénédictions de sa providence, lesquelles viennent toutes de celui qui les a faits. Ils doivent se souvenir de la fin pour laquelle ils furent faits : le glorifier ; et de l'état où l'homme fut créé d'abord - droit, pur et saint ; mais qu'il est maintenant une créature déchue, et eux avec lui - impurs et injustes, impuissants et faibles, abominables aux yeux de Dieu, indignes de vivre et impropres à mourir, transgresseurs des lois de leur Créateur, ce qui mérite la mort. Ils doivent se souvenir de ce que Dieu leur Créateur - Père, Fils et Esprit - doit avoir fait ou doit faire pour eux, s'ils sont jamais sauvés : le Père doit les avoir choisis en Christ à salut, avoir donné son Fils pour les racheter, et envoyer son Esprit dans leurs cœurs pour les créer de nouveau ; le Fils doit avoir été leur garant, avoir pris leur nature et être mort en leur lieu et place ; et l'Esprit doit les régénérer et les rendre nouvelles créatures, éclairer leurs esprits, vivifier leurs âmes et sanctifier leurs cœurs. Ils doivent se souvenir du droit que leur Créateur a sur eux, des obligations qui les lient à lui, et de leur devoir envers lui ; se souvenir, avec reconnaissance, des faveurs reçues de lui, et, avec révérence et humilité, de la distance entre lui, Créateur, et eux, créatures ; se souvenir de l'aimer de bon cœur et sincèrement, de le craindre d'une crainte pieuse, de l'adorer d'une manière spirituelle, de le mettre toujours devant eux et de ne l'oublier jamais. Et tout cela « aux jours de leur jeunesse » - leurs jours les meilleurs et les plus choisis, où le servir est ce qu'il désire le plus et ce qui lui est le plus agréable, lui qui ordonna qu'on lui offrît les prémices des fruits mûrs et les bêtes de la première année ; et c'est alors que les hommes sont les mieux en état de le servir, quand leurs corps sont sains, forts et vigoureux, leurs sens prompts, et les puissances et facultés de leurs âmes capables de croître et de s'élargir ; et remettre son service à la vieillesse serait tout ensemble fort ingrat et fort inconvenant - outre que nul ne peut s'assurer d'y parvenir ; et y parvînt-il, ce qui suit suffit à détourner d'un tel délai ;
pendant que les jours mauvais ne sont pas venus - les jours de la vieillesse, dits mauvais non au regard du mal de la faute ou du péché - en ce sens tous les jours sont mauvais, le péché se commettant à tout âge, dans l'enfance, la jeunesse, l'âge mûr comme la vieillesse ; mais au regard du mal de l'affliction et de la peine qui l'accompagnent : maladies diverses - elle-même est une maladie, et incurable ; grande faiblesse du corps, déclin de l'esprit, et bien d'autres choses qui rendent la vie fort pénible et incommode, autant qu'impropre aux services religieux ;
et que n'approchent pas les années dont tu diras : je n'y prends point de plaisir - de plaisir corporel s'entend, de plaisir des sens : la vue, le goût et l'ouïe étant perdus, ou en grande partie éteints - cas de Barzillaï à quatre-vingts ans ; certains vieillards, il est vrai, gardent des sens prompts et vigoureux, et ne perçoivent guère de différence entre la jeunesse et l'âge - mais ces cas ne sont pas communs ; et il est aussi des choses où les vieillards prennent plaisir : les champs et les jardins, et leur culture, comme l'observe Cicéron ; et particulièrement les hommes de savoir prennent autant de délices à leurs études dans la vieillesse que dans la jeunesse, et à instruire les autres - le même écrivain dit :
« quoi de plus doux que de voir un vieillard entouré et environné de jeunes gens qui étudient sous lui ? »
et surtout l'homme de bien, dans la vieillesse, trouve du plaisir à repasser une vie passée dans les voies, l'œuvre et le culte de Dieu, à s'être conduit dans le monde, par la grâce de Dieu, avec simplicité et sincérité pieuse ; comme aussi dans la communion présente avec Dieu, et dans l'espérance et la vue des gloires de l'autre monde. Mais s'ils ne sont pas religieux, ils sont étrangers au plaisir spirituel, qui ne se trouve que dans les voies de la sagesse : ceux-là ne peuvent ni regarder en arrière avec plaisir sur une vie passée dans le péché, ni regarder en avant avec plaisir vers la mort, l'éternité et l'autre monde (voir 2 Samuel 19:35 ; Psaume 90:10).