Vanité des vanités, dit le prédicateur, etc. Voilà le texte du prédicateur - le thème et le sujet qu'il développera ensuite, et qu'il prouvera par une induction de cas particuliers ; c'est la somme du livre entier.
Vanité des vanités, tout est vanité - vain à l'extrême, au suprême degré, le comble de la vanité. La répétition sert à la fois à confirmer la chose, les hommes ayant peine à la croire, et à montrer combien le prédicateur en était lui-même pénétré, afin d'en pénétrer pareillement les autres. Le Targum lit : « vanité des vanités en ce monde », ce qui est exact quant au sens du passage. Car le monde et tout ce qu'il contient, quoique créés par Dieu et très bons, ne sont, en comparaison de lui, que néant et vanité - surtout depuis qu'ils y furent assujettis par le péché, une malédiction ayant été portée sur la terre à cause de lui : toutes les créatures faites pour l'usage des hommes sont exposées à l'abus, et abusées en effet, par la luxure, l'intempérance et la cruauté ; et le monde entier est usurpé par Satan, qui s'en fait le dieu. Rien en lui, tout rassemblé qu'on le prenne, ne peut procurer satisfaction ni contentement : tout y est instable, fuyant, transitoire, évanescent, et prendra fin sous peu. Les richesses du monde ne procurent aucun bonheur réel, étant sans substance et de brève durée ; nul ne peut par elles se procurer le bonheur, ni à soi ni à autrui, ni détourner la colère à venir et s'en garantir ; et elles sont vanité surtout lorsqu'on les compare aux vraies richesses, celles de la grâce et de la gloire, qui sont solides, substantielles, rassasiantes et éternelles. Les honneurs de ce monde sont choses creuses, qui durent fort peu, et ne sont rien auprès de l'honneur qui vient de Dieu et que possèdent tous les saints, dans la jouissance de la grâce ici-bas et de la gloire dans l'au-delà. Les plaisirs coupables de la vie sont des biens imaginaires et éphémères, qui ne sauraient être mis en regard des plaisirs spirituels goûtés dans la maison de Dieu, sous la parole et les ordonnances - moins encore de ces délices éternelles qui sont à la droite de Dieu. La sagesse et la connaissance naturelles, ce que le monde offre de meilleur, ne consistent pourtant en grande partie qu'en opinions ; une bonne part en est fausse ; aucune n'est salvatrice ni d'aucun prix auprès de la connaissance du Christ, et de Dieu en Christ. Toutes les formes de la religion, toute justice extérieure, où ne se trouvent ni la crainte véritable ni la grâce de Dieu, ne sont que choses vaines et vides. L'homme, la principale créature du monde, est « l'homme vain » : tel est son caractère propre, dans la nature comme dans la religion, dès lors qu'il est dépourvu de grâce. Tout homme est vain - que dis-je, il est la vanité même : grand ou petit, riche ou pauvre, savant ou ignorant ; l'homme, dans son meilleur état, en tant qu'être terrestre et naturel, l'est encore. Adam le fut jusque dans son état d'innocence, étant muable et inconstant - et c'est de là qu'il tomba (Psaume 39:5,11 ; 62:9). Combien plus sa postérité déchue, dont les corps sont des demeures d'argile, la beauté vaine et trompeuse, la condition changeante ; dont l'esprit est vide de tout bien, les pensées et les imaginations vaines, comme le sont leurs paroles, leurs œuvres, leurs actions, et toute leur vie et leur conduite ; en sorte qu'on ne peut nullement se fier à eux pour obtenir secours, ni d'eux-mêmes ni des autres. Le Targum porte :
« Lorsque Salomon, roi d'Israël, vit par l'esprit de prophétie que le royaume de Roboam son fils serait partagé avec Jéroboam, fils de Nebat, que Jérusalem et la maison du sanctuaire seraient détruites et que le peuple des enfants d'Israël serait emmené captif, il dit par sa parole : Vanité des vanités en ce monde, vanité des vanités ; tout ce pour quoi nous avons travaillé, mon père David et moi, tout est vanité ! »