J'ai recherché en mon cœur de livrer ma chair au vin, etc. Non d'une manière immodérée, jusqu'à s'enivrer - il ne peut y avoir là nul plaisir, ni la moindre apparence de bonheur -, mais d'une manière mesurée quoique libérale, de façon à être innocemment gai et enjoué, et à éprouver par là quel bien et quel bonheur se pouvaient posséder par cette voie. Par « vin », il ne faut pas entendre le vin seulement, mais tout ce qui se mange et se boit de bon : le mot désigne ce qu'on appelle la bonne chère. Salomon vécut toujours largement : élevé en prince, il vécut en roi dès son avènement ; mais, ses richesses s'accroissant, et voulant éprouver le bien qui est dans toutes les créatures de Dieu pour voir si quelque bonheur s'y trouvait, il résolut de tenir table meilleure encore, et d'avoir tout ce qui se pouvait manger ou boire, quoi qu'il en coûtât. Sur l'ordinaire quotidien de la maison de Salomon, voir 1 Rois 4:22,23 ; le Midrash l'interprète du vin de la loi. On peut aussi traduire : « j'ai recherché en mon cœur d'étirer ma chair par le vin », ou « mon corps » - de le développer, de le rendre gras et replet, lui qui avait pu être réduit à la peau et aux os, à un vrai squelette, par les études sévères qu'exigent la sagesse et la connaissance. Le Targum porte :
« j'ai recherché en mon cœur d'entraîner ma chair dans la maison du festin du vin ; »
comme s'il y avait eu en lui quelque répugnance à une telle conduite, et qu'il se fût pour ainsi dire fait violence afin de tenter l'expérience ;
(mon cœur toutefois se conduisant avec sagesse) - ou « mon cœur me menant dans la sagesse » : il fut guidé et gouverné par la sagesse dans cette recherche du bonheur ; il se tint sur ses gardes, pour ne se laisser aller à aucune extravagance coupable ni à aucun excès criminel dans le manger et le boire ;
et de saisir la folie - afin de mieux connaître ce qu'est la folie, et quelle est celle des fils des hommes qui placent leur bonheur en de telles choses ; ou plutôt il s'appliqua à saisir la folie pour la réfréner, et s'en garder lui-même, afin qu'elle ne prît pas l'ascendant sur lui - sans quoi il n'eût pu former un jugement droit sur la question de savoir s'il est ou non quelque bonheur réel dans cette sorte de plaisir dont il parle ; car l'épicurien, l'homme voluptueux, n'en est pas juge ;
jusqu'à ce que je visse quel est, pour les fils des hommes, ce bien qu'ils doivent faire sous les cieux, tous les jours de leur vie - où réside le « summum bonum », le bonheur souverain de l'homme, celui qu'il doit s'efforcer de rechercher et de poursuivre, afin d'en jouir tout au long de sa vie, tant qu'il est en ce monde. Et pour le connaître plus pleinement encore, s'il se pouvait, il fit ce qui suit.