Je suis abandonné... Le même adjectif hébreu est appliqué Exode 21.2 à l'esclave que son maître laisse aller en liberté. Mais ici il s'agit de la rupture du lien qui, sur la terre, retient le vivant sous la dépendance et la protection de Dieu. Ce psaume est un de ceux qui nous donnent l'idée la plus complète de la manière dont on se représentait généralement, sous l'ancienne alliance, l'état des âmes après la mort : état d'impuissance dans les ténèbres, là où il n'est plus question de relations avec Dieu. Et tel est bien en effet le prolongement naturel d'une existence que n'a pas renouvelée jusqu'au fond la nouvelle naissance opérée par l'Esprit de la nouvelle alliance. Nous avons vu plus d'un psalmiste pressentir et annoncer, par la seule puissance de la foi, que, même dans le Schéol, le fidèle sera gardé par son Dieu et qu'il en sortira, pour être reçu dans la gloire (Psaumes 16, 17, 39, 73). Mais ces lueurs, que la résurrection de Christ devait changer en certitudes, font défaut à notre psalmiste, dans l'état de découragement où il se trouve ; la réalité présente est pour lui l'avant-goût de la mort, dans ce qu'elle a de plus sombre.