Prière dans une grande détresse.
L'auteur de cette prière ardente lutte avec Dieu et avec lui-même. Une tristesse poignante le domine, à la pensée que Dieu n'est plus pour son peuple ce qu'il a été jadis. C'est en effet l'état d'Israël qui l'afflige, plutôt que ses circonstances personnelles. S'il ne le dit pas expressément, cela ressort de paroles telles que celles du verset 6 et surtout de la manière dont il rappelle la délivrance d'Egypte. La description de ses tourments remplit la première moitié du psaume (versets 2 à 10). Dans la seconde partie, il fait effort pour échapper au présent, qui l'afflige, et se replonger dans les souvenirs du passé (versets 14 à 21).
Chose étrange : ce souvenir des origines d'Israël, qui tout à l'heure semblait lui fournir la preuve que Dieu n'était plus pour son peuple le même qu'autrefois, prend pour lui, à partir du verset 12, un sens tout différent. Il y puise la certitude, exposée dans les versets 14 à 16, que Dieu est incomparable, que seul il est Dieu. Cette affirmation est en réalité la vraie conclusion du psaume. La strophe versets 17 à 21, du double plus longue que les autres, n'est autre chose qu'un développement de cette vérité, un prolongement de cette conclusion, un admirable chant poétique, où la plainte du commencement du psaume est remplacée par les accents les plus triomphants.
Notre psaume nous offre un exemple remarquable d'une victoire remportée sur le découragement par la seule puissance de la foi. Le changement de ton si subit qui frappe le lecteur, du verset 11 au verset 12, ne s'explique que par l'effort de volonté du croyant, qui sent qu'accuser Dieu de n'être plus le même, c'est l'offenser. Dès ce moment il rappelle les uvres de Dieu, non point pour constater qu'elles ne se reproduisent plus, mais pour admirer ce que Dieu est à toujours.
Le psaume ne contient aucune indication positive sur la date de sa composition. Il appartient évidemment à l'une des plus tristes époques de l'histoire d'Israël. Les uns ont pensé au règne de Manassé, d'autres au temps qui a suivi la mort de Josias, mais on ne saurait rien affirmer à cet égard avec certitude.
Selon Jédthun : voir Psaumes 39.1 et 62.1, notes. Jéduthun était contemporain de David, mais il se peut fort bien qu'il ait créé un genre particulier de musique religieuse qui ait subsisté longtemps après lui. C'est probablement à ce genre musical que cette note fait allusion.