Contre les juges iniques.
Il n'y a pas d'iniquité plus odieuse que celle qui commet l'injustice au nom même de la justice. C'est contre une iniquité pareille que s'élève ici le psalmiste, avec une véhémence d'indignation qui lui suggère des images hardies, entassées en quelque sorte les unes sur les autres et jetées à la face des coupables.
Aucun indice ne révèle l'occasion précise qui suggéra au psalmiste de telles menaces. On a pensé soit à l'époque de Saül, soit à celle où Absalom feignait un grand désir de rendre la justice mieux que son père, et cela pour s'attirer des partisans et préparer ses crimes (2Samuel 15.5). Mais aucune de ces conjectures ne s'impose de préférence à l'autre. A bien des époques il y a eu, et il y aura encore des juges iniques. C'est pourquoi ce psaume est, pour tous les temps, un sérieux avertissement.
Après l'apostrophe initiale, qui introduit brusquement le psaume (versets 2 et 3), une première strophe stigmatise l'esprit qui anime les méchants (versets 4 à 6) ; une seconde demande et annonce leur châtiment (versets 7 à 10) ; les deux derniers versets sont le chant de triomphe anticipé du juste (versets 11 et 12).
2 et 3 Les juges iniques.
Est-ce en restant muets... ? Les juges dont il s'agit laissent passer sans rien dire de grandes iniquités. Ainsi compris, le texte offre une contradiction voulue : Vous êtes donc juges pour ne pas juger hébreu : Est-ce un mutisme de justice que vous dites, une sentence muette que vous rendez ? Au moyen d'une légère correction, on obtient le sens suivant : Est-ce vraiment la justice que vous rendez, ô dieux ? Ce titre de dieux serait appliqué aux juges, parce que leurs sentences doivent être en réalité celles de Dieu. Comparez Psaumes 82.6. Il y aurait à la fois dans ce nom ironie et sanglant reproche. Cependant une modification du texte primitif ne nous semble pas s'imposer.