Repentance.
C'est ici le psaume de repentance par excellence. Nulle part la douleur du coupable qui s'accuse lui-même, sans chercher à atténuer sa faute, ne s'exprime aussi fortement et d'une manière aussi complète. Absorbé tout entier par l'horreur que lui inspire sa souillure, le pécheur ne mentionne pas même le châtiment. Il n'en connaît du reste pas de plus grand, lui qui a jadis goûté la joie d'appartenir à Dieu, que d'être privé de cette joie.
La note des deux premiers versets rattache ce psaume à la démarche courageuse de Nathan auprès de David. après son adultère (2Samuel 12.1). Si c'est bien là l'origine du psaume, cette prière d'humiliation, développement de la courte réponse du roi à Nathan : J'ai péché, serait l'acte le plus important de la vie du grand roi. Précédemment, il avait parlé déjà de péché, mais d'autres préoccupations se mêlaient à sa repentance (Psaume 38). Maintenant il ne voit que son crime, il en confesse toute l'horreur. Aussi pourra-t-il bientôt parler à toutes les âmes troublées de la joie du pardon, qui suit une confession complète (Psaume 32).
Mais pouvons-nous adopter la donnée de la suscription ? Les versets 20 et 21, qui parlent des murs de Jérusalem à construire, semblent nous transporter à l'époque de la captivité. Aussi nombre de commentateurs, à la suite de Théodore de Mopsueste (quatrième siècle), voient-ils dans ce psaume la prière d'Israël captif. Mais l'accent si personnel qui distingue le psaume entier, et spécialement des paroles telles que celles des versets 7, 8, 12, 15, nous empêchent d'admettre qu'il ait été composé comme prière collective de tout un peuple. Il doit se rapporter à un événement précis de la vie d'une personne spéciale. Mais il est naturel qu'il soit devenu bientôt le cantique classique de la repentance d'Israël, spécialement à l'époque où ce peuple semblait rejeté. On aura pu alors ajouter au psaume les versets 20 et 21. Il est facile de constater qu'ils ne se rattachent pas étroitement à ce qui précède, que même le verset 21 semble corriger ce qui, pour une prière devenue liturgique, pouvait paraître trop absolu dans la parole finale du verset 19, concernant l'inutilité des sacrifices. Rien, en dehors de cette adjonction, ne contredit la donnée des versets 1 et 2. On fait observer que rien non plus ne la justifie d'une manière explicite et que, si le psalmiste parle de souillure et de sang versé, il le fait d'une manière très générale. Mais serait-il naturel que, dans un psaume destiné à être chanté publiquement, à la suite d'événements connus de chacun, il racontât sa faute en détail ? Ce n'est pas ainsi qu'agit celui auquel le seul nom de son péché fait horreur. Nous en restons donc à l'opinion qui attribue le psaume à David. Le héros d'Israël, auquel sont dus tant d'accents de foi et de triomphe, est aussi celui qui a transmis à son peuple et à l'Eglise les paroles de la plus profonde humiliation.
Le Psaume 51 a été un des psaumes de prédilection des Huguenots. Crespin raconte ce qui suit de Pierre Milet, brûlé sous François II en la place Maubert.
Etant guindé en l'air, il commença à chanter le psaume 51 : Miséricorde au pauvre vicieux, etc. Et sitôt que le feu fut allumé, il se prit à la paille qu'on lui avait mis sous les aisselles et incontinent brûla toute sa barbe et ses cheveux. Mais pour cela, il ne laissa de continuer, voire même ses pieds et ses jambes étaient déjà toutes brûlées qu'il chantait encore (Histoire des Martyrs, page 511).
Le psaume proprement dit, indépendamment de la suscription (versets 1 et 2) et de l'adjonction des versets 20 et 21, se compose de trois parties. Avant tout, le pécheur repentant confesse son péché, tout en implorant son pardon (versets 3 à 8) ; puis il demande à Dieu un renouvellement complet de tout son être (versets 9 à 14) ; dans la dernière partie du psaume, il fait vu de glorifier à l'avenir le Dieu de son salut (versets 15 à 19).
Au maître chantre. Le fait qu'un homme en vue, comme l'était David, ne s'est pas contenté d'une humiliation secrète, mais a voulu que sa prière devînt publique, en en faisant le sujet d'un cantique destiné, à être chanté dans les solennités religieuses, montre la réalité et la profondeur de sa repentance. Le péché a été manifeste ; la confession douloureuse doit l'être aussi.