Noces royales.
C'est ici un chant nuptial composé à l'occasion du mariage d'un roi. La présence d'un poème de ce genre dans le recueil des cantiques d'Israël ne se comprendrait pas, si ceux qui lui ont assigné cette place ne lui avaient pas reconnu un caractère religieux. En effet, la Synagogue et après elle toute l'ancienne Eglise ont vu dans le héros du psaume le Messie promis et, comme tel, le représentant de l'Eternel lui-même, dont l'alliance avec Israël est si souvent dépeinte sous l'image d'un mariage (Esaïe 54.5 ; Jérémie 31.32 ; Ezéchiel 16.8, etc.).
Le Psaume a-t-il réellement cette portée messianique, ou lui a-t-elle été attribuée après coup par une sorte d'allégorisation ?
Il nous paraît évident que l'auteur s'adresse à un roi d'Israël, son contemporain. Il le dépeint dans son luxe de monarque oriental (verset 9), entouré de plusieurs épouses, parmi lesquelles la nouvelle reine occupe la place d'honneur (verset 10). Cette reine est étrangère à Israël (verset 11) ; elle s'approche du roi avec une suite nombreuse, et les peuples alliés de son époux l'honorent en lui offrant de riches présents. Le poète termine son chant en annonçant au jeune roi que ses fils prendront la place de ses ancêtres et seront établis comme gouverneurs dans le royaume paternel. Il y a dans ce tableau quelques traits qu'il serait bien difficile de spiritualiser. Comment, en particulier, appliquer au Messie la promesse qu'une race de rois, ses fils, succèdera à la série de ses ancêtres ? Et pourtant, bien des paroles dépassent tout ce qu'un sujet israélite pouvait dire de ses princes. La beauté du roi est céleste (verset 3), son trône subsiste toujours et à perpétuité (verset 7), son pouvoir s'étend sur toute la terre (verset 17), les peuples le célèbreront éternellement (verset 18).
La solution des difficultés résultant de ces données en apparence contradictoires, se trouve, nous semble-t-il, dans l'idée même que se fait le psalmiste de la royauté israélite, en partant des promesses faites à David (2Samuel 7.1 ; Psaumes 2.1) et que David lui-même a développées dans plusieurs de.ses psaumes (22.28-29 ; 57.10 ; 90.1). Dans la personne du jeune prince dont il est ici question, le poète voit sans doute le souverain actuel du peuple élu, mais en même temps il salue en lui le roi idéal promis à Israël et au monde. Ce monarque actuel grandit à ses yeux de toute la grandeur de la charge dont il est revêtu et que le Messie seul réalisera parfaitement. La vision prophétique se rattache d'une manière si immédiate à la réalité présente qu'elle semble se confondre avec elle. Le souverain apparaît entouré de plusieurs épouses, ce qui était alors le signe de la richesse et de la puissance royales ; mais en même temps il possède au plus haut degré toutes les qualités qui constituent l'idéal du roi théocratique. Il est à tel point le représentant de la puissance et de la justice divines, que le psalmiste l'appelle dieu (verset 7), comme ailleurs il appellera de ce nom les juges israélites, en vertu de la justice divine qu'ils représentent ici-bas (Psaumes 82.6). Jésus lui-même a signalé ce mode d'expression comme désignant par anticipation ce qu'il devait être réellement lui-même (Jean 10.34-36).
L'interprétation messianique du psaume nous semble donc se rattacher étroitement a son sens purement historique, au point de ne pouvoir en être détachée. L'auteur lui-même a écrit son poème dans le feu d'une inspiration supérieure à celle d'un homme qui décrit une fête nuptiale ordinaire. L'esprit de la promesse bouillonnait dans son cur (verset 2). Dans son ensemble, le psaume nous offre une belle image de l'union de Celui en qui habite toute perfection avec un peuple étranger à Dieu par son origine pécheresse, mais rendu digne, par la grâce dont il a été l'objet, de devenir, suivant l'expression du Nouveau Testament, l'épouse de l'Agneau.
Nous n'entreprendrons pas ici d'exposer les nombreuses suppositions qui ont été faites, quant à la personne du roi israélite qui a fourni au psalmiste la donnée de ce cantique. Ce qui ressort du psaume lui-même, c'est qu'il date d'une époque où Tyr était encore la grande métropole du commerce du monde et où elle entretenait des relations amicales avec Israël (verset 13). De telles relations ont existé, d'après le premier livre des Rois, à l'époque de David et de Salomon (1Rois 5.1) et à celle d'Achab et de Josaphat (1Rois 16.31). Plusieurs interprètes ont admis que notre psaume se rapporte au mariage de Joram, fils de Josaphat, avec, Athalie. Les jugements sévères portés par un prophète sur les relations de Josaphat avec Achab (2Chroniques 19.2) et par l'auteur des Chroniques sur ce mariage même de Joram avec Athalie (2Chroniques 21.6) ne s'accordent pas avec une, telle supposition. On pourrait penser au mariage de Salomon avec la fille de Pharaon (1Rois 3.1), si le psaume ne faisait pas allusion aux rois ancêtres de l'époux, tandis que Salomon n'a eu que son père pour prédécesseur royal. On serait tenté d'admettre que, composé à l'origine pour Salomon, ce cantique est devenu le chant nuptial. classique des rois théocratiques. De là le pluriel tes pères, qui aura pu remplacer une forme quelque peu différente.
En mettant à part le verset 2, qui sert d'introduction, on distingue dans le psaume deux parties, dont la première décrit la gloire du roi (versets 3 à 10) et la seconde celle de l'épouse (versets 11 à 16). Les deux derniers versets, qui servent de conclusion, sont un regard jeté sur l'avenir de la famille royale (versets 17 et 18).
1 et 2 Suscription et introduction.
Sur les lis. Il s'agit sans doute ici d'une mélodie empruntée à un chant intitulé : Les lis ; comparez Psaumes 55.1 ; 80.1. Le nom de Maskil (méditation, enseignement) prépare dès l'entrée le lecteur à voir ici autre chose qu'un simple chant de noces.