Eli, Eli, lamma sabachtani ?
Une détresse extraordinaire d'un homme de Dieu momentanément abandonné aux méchants, puis une délivrance dont se réjouira et bénéficiera la terre entière : telle est la donnée de ce psaume.
Qui est cet homme de Dieu ? Le tableau de sa détresse et des résultats merveilleux de sa délivrance dépasse de beaucoup tout ce qui nous est raconté de n'importe quel croyant de l'ancienne alliance. Lequel d'entre eux a pu réellement penser que les vicissitudes de sa vie auraient pour effet de ramener à l'Eternel toutes les extrémités de la terre ? (verset 28)
Il n'est qu'une souffrance et qu'une délivrance auxquelles conviennent pleinement soit la pensée générale, soit les termes du psaume. Aussi le simple croyant, d'accord avec l'Eglise de tous les temps, reconnaît-il sans hésiter dans ce psaume le tableau prophétique de la Passion du Sauveur, ainsi que des conséquences, bénies pour toute l'humanité, de sa résurrection. Le Seigneur lui-même s'est reconnu dans ce psaume, comme le prouvent les deux paroles par lesquelles il a exprimé sur la croix les souffrances de son âme et celles de son corps ; l'une et l'autre sont empruntées au Psaume 22 (Matthieu 27.46 ; Jean 19.28).
Nous voyons ici, comme au Psaume 2, l'esprit prophétique prendre pour point de départ une circonstance particulièrement grave de la vie du psalmiste et y puiser les éléments d'un tableau qui dépasse de beaucoup en importance cette circonstance elle-même. Et ce tableau se trouve être en réalité la description fidèle de ce qui s'est passé des siècles plus tard en la personne du Christ.
Qui est l'auteur du psaume ? Plus d'une expression de ce cantique semble appartenir en propre à la langue de David. En outre, de tous les auteurs connus des psaumes, David est celui dont la vie a été le plus complètement un type de celle du Sauveur. Oint de l'Eternel, il a eu à souffrir à l'avance quelque chose de ce que devait souffrir l'Oint par excellence. De plus, mieux que tout autre, à cause de la position que Dieu lui avait faite, il a senti que les événements de sa vie avaient leur contrecoup dans la vie de son peuple et même au-delà des frontières de son royaume (comparez Psaumes 18.50 ; 40.10,11). Cette analogie, voulue de Dieu, qui existe entre la personne de David et celle du Messie, est comme le trait d'union qui rattache à travers les siècles les souffrances de David à celles du Christ.
Nous ne pensons pas du reste que David, en donnant expression dans ce cantique aux détresses qu'il avait éprouvées, lorsque tout Israël était soulevé contre lui, n'ait pas eu en vue quelque chose de plus grand encore que les événements de sa propre histoire. L'esprit prophétique n'élève pas un homme à une telle hauteur, sans qu'il en soit plus ou moins distinctement conscient. La fin du psaume, en particulier (versets 25 à 32), qui parle de la conversion du monde, serait d'une exagération touchant au ridicule, si David n'avait eu en vue, en écrivant ces choses, que son influence sur les petits rois de son voisinage. Ici, comme en d'autres occasions (Psaumes 2 et 21), sa personne disparaît dans le rayonnement de gloire de cet autre lui-même, qui doit naître de lui, mais que l'Eternel appelle son Fils.
Le psaume se divise en trois parties d'égale longueur. Un premier exposé de la détresse du héros du psaume se termine par une courte prière (versets 2 à 12). Puis vient une, nouvelle description de la situation désespérée du suppliant, aboutissant à une nouvelle requête, dont l'exaucement est brusquement proclamé, comme par un soudain cri de surprise (versets 13 à 22). La dernière partie est un chant d'action de grâces annonçant les conséquences glorieuses qu'aura cette délivrance pour Israël, puis pour la terre entière (versets 23 à 32).
Biche de l'aurore. Ces mots sont probablement le titre d'un chant populaire sur la mélodie duquel devait se chanter notre psaume.