Il m'a sauvé.
C'est ici par excellence le cantique d'un homme que Dieu vient de retirer d'un grand danger. Le ton de ce psaume n'a pas la majesté du Psaume 103, qui est aussi un chant de reconnaissance ; la pensée de notre psalmiste ne se porte pas avec la même sérénité sur les richesses de l'amour de Dieu, pour en explorer les profondeurs. Son âme est encore trop frémissante, pour pouvoir faire entendre autre chose qu'un cri de gratitude et d'amour, qui revient sous différentes formes, à mesure que reparaît le souvenir d'une mort imminente.
Le psaume est anonyme ; les formes chaldéennes de plusieurs mots font supposer qu'il a été composé à Babylone ou en tous cas après le retour de la captivité. S'il se rapporte à la délivrance nationale du peuple captif, plutôt qu'à un exaucement tout personnel, il est permis de supposer que nous avons ici le cri de reconnaissance d'un Israélite pieux, au moment où fut promulgué l'édit de Cyrus. L'émotion du psalmiste est visible ; des phrases entrecoupées et des pensées inachevées font saisir sur le vif l'agitation d'une âme à peine sortie d'une crise redoutable.
Ce psaume, qui parle de ce qu'est pour l'Eternel la mort de ses bien-aimés (verset 15), acquiert, pour le chrétien, une valeur spéciale par le fait de l'encouragement qu'il apporta au Sauveur peu avant sa mort, puisqu'il fut de ceux que Jésus chanta avec ses disciples à son dernier repas (voir introduction au Psaume 113).
On ne saurait s'attendre, en un psaume pareil, à un enchaînement très rigoureux des pensées. Pourtant, on peut donner aux quatre strophes les titres suivants :
- les liens de la mort, versets 1 à 4
- le salut, versets 5 à 9
- l'homme menteur et le Dieu fidèle, versets 10 à 14
- les vux du fidèle délivré, versets 15 à 19.
1 à 4 Les liens de la mort.
J'aime l'Eternel, littéralement : J'aime, car l'Eternel entend. A plusieurs reprises, dans ce psaume (versets 2, 10), on trouve des verbes dont le complément n'est pas indiqué, mais ressort de l'ensemble de la phrase. Ici le mot j'aime, sous cette forme absolue, exprime avec énergie le sentiment dont déborde le cur du psalmiste. La traduction : Je me réjouis de ce que l'Eternel entend..., affaiblit singulièrement la pensée et enlève au mot ahav (aimer) son sens habituel.
Ce début rappelle celui du Psaume 18, dont le Psaume 116 reproduit d'ailleurs plus d'une expression.