Terrible rétribution.
Les anathèmes contenus dans ce psaume sont pour plus d'un lecteur une pierre d'achoppement et pour tous un sujet d'étonnement. Le psalmiste appelle la malédiction divine sur un méchant qu'il a spécialement en vue et dont le crime le plus grave est d'avoir été sans miséricorde envers l'affligé, de l'avoir même poursuivi de sa haine, pour le faire mourir (verset 16). Les jugements les plus terribles sont invoqués, non seulement sur la personne de ce méchant, mais sur sa postérité (versets 9, 12). Notre psaume, que l'on peut appeler par excellence le psaume des imprécations, dépasse encore en sombre énergie les Psaumes 35 et 69.
Comment des paroles semblables ont-elles pu être accueillies et conservées par Israël comme sacrées ? L'explication de ce fait se trouverait-elle simplement dans l'infériorité de l'ancienne alliance à l'égard de la nouvelle ? Si l'on entend par là que la haine et la vengeance n'avaient rien qui ne parût naturel aux hommes de l'Ancien Testament, ce n'est pas d'infériorité qu'il faudrait parler, mais d'opposition absolue entre les deux alliances. Or, nous savons que ni le Sauveur, ni ses disciples, n'ont admis cette opposition. L'Ancien Testament d'ailleurs n'approuve point la haine de l'ennemi, et le précepte des Pharisiens : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi, auquel Jésus oppose sa loi d'amour (Matthieu 5.43), n'est point imputable à la loi proprement dite. Celle-ci recommande les égards et la pitié pour l'ennemi (Exode 23.4-6 ; Deutéronome 22.4), et des paroles telles que celles-ci : Ne te réjouis pas de la chute de ton ennemi, de peur que l'Eternel ne le voie et ne cela ne lui déplaise (Proverbes 24.17), montrent que ce principe avait pénétré, longtemps avant le terme de l'ancienne alliance, dans la conscience israélite. Notre psaume formerait-il à cet égard une exception au milieu des livres sacrés ? Dans ce cas, Pierre ne l'aurait pas cité comme un oracle divin (verset 8 ; comparez Actes 1.20). Non, ce psaume ne donne pas essor à la haine dans ce qu'elle a d'égoïste et de coupable. Ce qu'il condamne avec une extrême énergie, c'est le mal comme mal, le méchant comme méchant. Et il y a là, il faut bien le reconnaître, un principe qui ne peut et ne doit pas vieillir. Il vieillit si peu que l'histoire nous en offre de continuelles applications. Que l'on considère le sort du peuple juif, portant encore à l'heure qu'il est la peine d'avoir persécuté jusqu'à la mort Celui que l'on a pu, plus que tout autre, appeler l'homme au cur brisé (verset 16) ! La malédiction dont ce peuple a couvert le juste n'est-elle pas retombée sur lui ? Dieu reste un Dieu saint et juste, terrible dans ses jugements à l'égard de ceux qui ne se détournent pas du mal, et le Nouveau Testament, comme l'Ancien, prononce à ce sujet des sentences effrayantes (Matthieu 26.21 ; Marc 9.43-50 ; Actes 8.20 ; 13.10 ; 1Timothée 1.20, etc.).
Une question néanmoins se pose. Si la justice de Dieu exige le châtiment du coupable, l'homme est-il autorisé à appeler, comme le fait le psalmiste, ce châtiment sur ses semblables ? C'est sur ce point que nous constatons une différence entre l'ancienne et la nouvelle alliance. La grâce divine, pressentie déjà, annoncée, goûtée en quelque mesure sous le régime de la loi, s'est déployée d'une telle manière en Jésus-Christ que, lorsqu'une parole de condamnation se fait encore entendre, elle revêt, sous ce régime de grâce, une gravité beaucoup plus grande que celle qu'elle pouvait avoir avant que fût dressée la croix. Les malédictions de notre psaume prennent, croyons-nous, pour nous chrétiens, un accent qu'elles ne pouvaient avoir pour l'Israélite. Aussi trouvons-nous dans le Nouveau Testament des menaces terribles, dépassant même parfois en sévérité tout ce qui avait été dit précédemment (Hébreux 10.26-31), mais nous n'y voyons jamais d'appels aussi détaillés et prolongés que celui de notre psaume à la vengeance divine. Nous avons donc ici une pensée éternellement vraie, revêtue de formes appartenant à une économie qui n'est plus la nôtre. Et pourtant cette page si sombre a bien sa place dans les écrits de la révélation. Nous y entendons, par la voix du psalmiste, la justice divine elle-même formuler ses arrêts, poursuivre ses revendications, jusqu'à ce que la condamnation du mal soit complète et définitive. La note de la grâce est absente ; celle de la justice seule se fait entendre. Et il est, hélas ! dans la réalité des cas où la grâce ne trouve pas réalisées, du côté de l'homme, les conditions sans lesquelles elle ne peut agir.
Le psaume est attribué à David, et il offre de grandes ressemblances de pensée et de langage avec d'autres psaumes en tête desquels se trouve ce nom, avec les Psaumes 22 et 69 en particulier. Il serait oiseux de rechercher quel méchant est spécialement pris à partie ici. L'apôtre Pierre signale Judas Iscariot, comme désigné par le Saint-Esprit dans cette parole du verset 8 : Qu'un autre prenne sa charge. Nous ne pensons pas qu'il ait voulu dire par là que tout le psaume se rapporte personnellement à Judas et à lui seul. L'homme que le psalmiste avait en vue comme incarnant le mal à son époque, s'est retrouvé plus tard sous d'autre noms. A l'époque de Jésus, Judas s'est placé lui-même sous le coup de foudre qui a jailli de l'âme du psalmiste, et l'Esprit de Dieu certainement l'avait en vue quand il faisait jaillir cet éclair ; il avait aussi en vue, pensons-nous, le peuple juif dans son ensemble et d'autres coupables encore, jusqu'à cet homme de péché, qui nous est annoncé pour les derniers temps (2Thessaloniciens 2.3). D'autre part, ce qui est dit ici du juste affligé, indigent, persécuté jusqu'à la mort, a trouvé mainte fois son application, à partir de David lui-même, mais ne l'a jamais trouvée aussi complètement qu'en Jésus, le juste parfait. Comme au Psaume 22, nous le voyons ici traverser la douleur et l'opprobre, mais sortir des maux les plus extrêmes par une délivrance qui donnera lieu de glorifier Dieu devant des multitudes.
Après une première supplication, où le psalmiste parle de la méchanceté de tous ses ennemis (versets 1 à 5), nous trouvons dans le psaume deux parties : la première est composée tout entière d'exécrations à l'adresse du méchant (versets 6 à 20) ; dans la seconde. le psalmiste implore le secours de l'Eternel pour lui-même et l'entrevoit déjà (versets 21 à 31).
1 à 5 Perfidie et ingratitude.
Ne garde pas le silence : quand tous parlent méchamment et faussement (Psaumes 28.1).