Encore tout rempli du sentiment de reconnaissance qui vient d'élever son âme à Dieu, Jésus se tourne vers ses disciples (Luc 10.22) et leur communique les vérités les plus profondes sur sa personne. Il vient de dire que le Père se révèle aux enfants ; (verset 25) mais il ne se révèle qu'en son Fils, à qui il a livré, remis toutes choses. On a voulu restreindre ce dernier mot à la sphère spirituelle à la possession du royaume de Dieu que Jésus enseignait, ou à sa connaissance de Dieu dont parle ce verset même. (Comparer Matthieu 28.18 ; Jean 3.35 ; 13.3,16.15)
Cette relation avec les paroles qui suivent montre en effet que cette expression a un sens spirituel, mais la relation avec ce qui précède (miracles accomplis, verset 20, jugement à exercer, verset 22) conduit à la prendre dans un sens plus étendu et à ne poser aucune limite quelconque à cette déclaration.
En remettant toutes choses au Fils pour la rédemption du monde, Dieu ne cesse pas de régner ; mais comme il gouverne le monde en vue de cette rédemption, il reste vrai que tout est remis au Fils, tout, jusqu'au jugement éternel, qui sera le couronnement de Son œuvre. (Jean 5.22,23) Cette déclaration est la raison de celle qui suit, à laquelle Jésus passe par un simple et, qui logiquement signifie : voilà pourquoi.
Connaître, dans le langage des Ecritures, ne signifie jamais une simple action de l'intelligence, parfaitement insuffisante quand il s agit de choses divines. Ce mot suppose toujours une connaissance expérimentale rendue complète par l'amour et la vie.
Aussi le mot original est-il composé du verbe et d'une particule qui lui donne le sens de connaître entièrement. Or, dans ce sens, la déclaration de Jésus est d'une vérité absolue. Mais quel rapport mystérieux, ineffable, unique, entre le Fils et le Père nous est ici révélé ! Qui est-il, l'Etre que Dieu seul connaît et qui seul connaît Dieu ? II faut pour cela qu'il soit avec Dieu dans cette unité d'esprit, d'amour, de volonté, d'essence, qui l 'autorisait à dire : "Moi et le Père sommes un" Et comme le Père a le pouvoir de révèler et de cacher, (verset 25) le Fils aussi révèle le Père à qui il veut. Il s'agit de cette révélation intérieure qui n'a lieu que par une communion vivante avec le Fils, et par laquelle il nous fait part de la connaissance unique qu'il a du Père. De là le rapport profond de ces paroles avec celles qui suivent.
- Qui, en écoutant cette grande déclaration du Sauveur sur sa personne, ne la croirait tirée de l'évangile de Jean ? Sous la plume de Matthieu et de Luc, elle confirme le quatrième évangile, et identifie le témoignage de ce dernier avec celui des synoptiques.