Non seulement il accuse Dieu de mensonge, mais il lui refuse même l'amour : c'est par jalousie et pour n'avoir pas d'égaux que Dieu veut les priver de ce fruit. Il y a dans cette parole, comme dans celle de tout séducteur habile, un mélange de vrai et de faux ; elle fait miroiter aux yeux de la femme un état divin qui est réellement destiné à l'humanité et qui répond par conséquent à une aspiration naturelle et profonde ; mais elle lui montre pour arriver à cet état le chemin de la désobéissance, qui la conduira au résultat opposé.
Remarquons que le tentateur, en parlant comme il le fait ici, refuse à Dieu les deux traits essentiels du caractère divin, la vérité et la bonté, pour se les attribuer à lui-même.
L'obscurcissement de la conscience qui se produit chez Eve à la suite de cette déclaration qu'elle accueille, se perpétuera dans cette idée païenne, si fréquemment énoncée chez les classiques : Toute divinité est jalouse.
Il faut remarquer aussi que cette parole du serpent fait consister l'état divin dans la connaissance, non dans la sainteté ; c'est là l'erreur de la fausse sagesse ; la connaissance ne conduit pas nécessairement à la sainteté, mais la sainteté conduit à la connaissance.