27-28. Dès le matin, Abraham, de son côté, s'est rendu à l'endroit d'où l'on domine toute la vallée. Il ignore encore le résultat de son intercession. Quel spectacle que celui qui frappa alors ses regards et qui lui apprit le sort des villes de la Plaine !
Deux auteurs païens parlent de cette catastrophe. Le géographe romain Strabon raconte, dans sa description de la mer Morte, que, d'après les renseignements pris auprès des habitants de la contrée, il y avait là autrefois treize villes, dont Sodome était la métropole. Ces villes auraient été détruites par un tremblement de terre accompagné de jets de flammes et d'asphalte liquide ; les rochers eux-mêmes se seraient embrasés et les villes auraient été les unes englouties, les autres abandonnées par leurs habitants. Tacite parle aussi d'éclairs et de flammes qui auraient réduit en désert cette contrée précédemment fertile et couverte de grandes villes.
Où étaient situées les quatre villes de la Plaine ? On a supposé longtemps que leur territoire comprenait tout l'espace qu'occupe maintenant la mer Morte et qu'avant la catastrophe le Jourdain traversait toute cette vallée pour aller se jeter dans la mer Rouge, beaucoup plus au Sud. Mais la configuration du terrain ne permet pas d'admettre cette hypothèse.
En effet, tandis que la mer Morte est à 394 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée, la vallée de l'Araba, entre la plaine de Sodome et la mer Rouge, s'élève peu à peu jusqu'à une hauteur de 240 mètres au-dessus de la Méditerranée et, par conséquent, de 631 mètres au-dessus de la mer Morte. Jamais le Jourdain n'aurait pu franchir cette barrière. D'ailleurs, le lac, de Génésareth étant déjà lui-même à 191 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée, il est évident que le miroir primitif de la mer Morte devait dès l'origine se trouver beaucoup plus bas encore.
Un lac a donc toujours occupé la partie septentrionale du bassin de la mer Morte. Mais il était de moindres dimensions, et c'est à la suite du cataclysme que la mer s'est étendue vers le Sud. En effet, dans sa partie méridionale, la profondeur de l'eau ne dépasse pas six mètres, tandis que, dans la partie septentrionale, elle atteint jusqu'à 350 mètres. Une dépression du sol de quelques mètres a donc suffi pour que les eaux du lac vinssent occuper toute cette partie méridionale autrefois à sec ; et c'est, par conséquent, là que devaient se trouver les villes détruites.
Quant à Tsoar, plusieurs savants la cherchent sur la langue de terre qui sépare en partie la mer Morte en deux bassins ; mais toutes les données que nous possédons sur cette ville fixent plutôt sa position au midi de cette mer. D'après 13.10, en effet, elle devait être située à l'extrémité de la plaine du Jourdain. Deutéronome 34.3 ne s'oppose pas à cette manière de voir. Josèphe et Ptolémée la placent en Arabie, et le premier dit expressément que c'est jusqu'à cette ville que s'étend la mer Morte.
Au moyen-âge. une ville de ce nom était le siège d'un évêché et l'une des stations de la route de commerce qui conduisait du golfe élanitique (l'extrémité nord-est de la mer Rouge) à Jérusalem, route qui ne peut avoir suivi la côte orientale de la mer Morte. A une lieue environ au sud de cette mer, on trouve les ruines d'un château fort qui sont probablement les derniers restes de Tsoar.