Car un enfant... un fils... Ces mots expliquent la victoire (verset 4), en désignant celui qui en est l'auteur. Esaïe ne dit point de qui ce personnage est fils, mais le verset 6 (comparez 11.1) ne laisse aucun doute là-dessus : il est l'héritier promis à David (2Samuel 7). Cet enfant est évidemment identique à Emmanuel (7.14).
Sur son épaule. Les insignes d'une charge se portaient sur l'épaule (22.22).
L'enfant reçoit quatre noms ; chacun d'eux se compose de deux mots. Ce ne sont évidemment pas des noms propres, mais des titres destinés à exprimer ce qu'il est réellement.
- Conseiller admirable, littéralement : Miracle (en fait) de conseiller ; il est le prophète par excellence ; ses conseils sont les conseils de Dieu même ; il a l'infaillibilité de la toute-science, parce qu'il a l'Esprit de Dieu sans mesure (11.2 ; comparez Jean 3.34). La même qualité est attribuée à Dieu : L'Eternel est merveilleux en conseil. 28.29.
- Dieu fort. A l'esprit de conseil il joint l'esprit de force, la puissance d'exécuter ses desseins (11.2). L'expression El-Guibbor est appliquée 10.21 à Dieu lui-même (comparez Deutéronome 10.17 ; Jérémie 32.18 ; Psaumes 24.8) ; ce qui ne permet pas d'en affaiblir le sens et de traduire vaillant héros ou héros divin. Le mot El signifie constamment Dieu, et ne pourrait d'ailleurs être pris ici dans un autre sens que celui qu'il a dans le nom d'Emmanuel, Dieu avec nous (7.14). Jérémie appelle le Messie Jéhova notre justice (33.6) ; dans Malachie 3.1, il est le Seigneur venant dans son temple. Esaïe l'appelle Dieu. Ce nom implique l'existence d'une relation particulière et mystérieuse entre Dieu et ce fils de David, en qui réside la plénitude des forces divines (11.2) et en la personne duquel Dieu lui-même apparaît au milieu de son peuple pour le sauver (Emmanuel).
- Père à toujours. Un roi est envisagé comme le père de son peuple (22.21). Le roi divin ne meurt pas ; il est donc à jamais le protecteur puissant des siens ; l'éternel avenir du règne de Dieu est en ses mains. Quelques-uns veulent traduire : père de l'éternité, en ce sens que l'éternité tirerait de lui son origine ; ce qui impliquerait la préexistence éternelle du Messie. Mais l'éternité n'a pas de père. D'autres interprètent : père du butin, traduction qui, grammaticalement, n'est pas impossible ; mais que signifierait-elle ? Quel rapport établir entre l'image du père et celle du butin ?
Prince de paix. Il réalise en sa personne les deux types les plus glorieux de la royauté théocratique : celui du conquérant et celui du pacificateur ; il est le vrai David et le vrai Salomon. La paix de son peuple est pour toujours assurée par le triomphe qu'il a remporté sur ses ennemis (versets 3 et 4 ; comparez 11.6-9 ; Michée 5.4 ; Luc 1.74-79).