La pensée de cette ardente supplication est la même que dans Matthieu, (Matthieu 26.39) mais toutes les expressions sont particulières à Marc.
D'abord cette invocation de Dieu sous le doux nom de Père, conservé en araméen : Abba.
C'est dans la langue maternelle qu'on exprime les sentiments les plus intimes et les plus profonds, surtout les sentiments religieux. Ce mot, propre à la plupart des langues sémitiques, a sûrement été formé d'après le balbutiement du petit enfant. L'évangéliste joint au mot hébreu la traduction grecque, comme le fait l'apôtre Paul quand il emploie ce même mot, peut-être par une allusion au cri de Jésus en Gethsémané. (Romains 8.15 ; Galates 4.6)
Ensuite Marc rend par cette affirmation : toutes choses te sont possibles, la pensée que Matthieu exprime en ces mots : s'il est possible.
Il n'y a pas contradiction entre ces deux termes : savoir que tout est possible à Dieu est un grand encouragement dans la prière ; mais se convaincre aussi qu'il est des choses qui ne sont pas possibles à Dieu lui-même, si elles ne sont pas conformes à sa sagesse et à sa miséricorde, c'est un puissant motif de renoncer à ce que nous lui demandons.
Enfin c'est Marc et Luc qui expriment la demande du Sauveur par ce terme énergique : détourne cette coupe !
Chacun des trois évangélistes rend à sa manière cette expression de la profonde soumission du Sauveur à la volonté de son Père.
Matthieu : non pas comme je veux, mais comme tu veux ;
Luc : non ma volonté, mais la tienne se fasse :
Marc : non ce que je veux, mais ce que tu veux.
Il y a là des nuances qui portent avec elles leur instruction, et qui n'existeraient pas si, comme on le prétend, l'un des évangiles avait servi de source aux deux autres, ou s'ils avaient à leur base une même narration écrite.