La terre fut à Pharaon. Par cette mesure qui, au premier abord, parait oppressive, Joseph rend à l'Egypte le plus grand service. Dans ce pays, en effet, la fertilité de chaque champ dépend des mesures générales prises pour régulariser l'inondation du Nil, et des travaux de ce genre ne peuvent être entrepris que par le gouvernement.
L'institution que l'auteur sacré fait remonter à Joseph est mentionnée, bien des siècles plus tard, par les auteurs classiques, comme existant de leur temps en Egypte. Diodore, par exemple, dit que toute l'Egypte appartenait au roi, aux prêtres et aux guerriers. Les guerriers ne sont pas mentionnés dans notre récit ; mais il ressort, de plusieurs passages des auteurs anciens, que la propriété du sol ne leur a été accordée que plus tard, et d'une manière temporaire.
Hérodote attribue à Sésostris (Ramsès II), qui vivait beaucoup plus lard, la mesure attribuée ici à Joseph. Mais Sésostris est, pour les Grecs un personnage légendaire, auquel ils rattachent volontiers tout ce qu'ils savent des anciens rois égyptiens. Il est donc possible que le souvenir des institutions de Joseph soit à la base de ce rapport. Ramsès III, qui vivait un demi-siècle après Ramsès II, se donne comme le propriétaire unique du sol égyptien :
J'ai fait pousser, dit-il, dans le pays tout entier, des arbres et des arbrisseaux, et j'ai permis aux hommes de s'asseoir à leur ombre.
Voilà l'état des choses après les Hyksos, tandis qu'avant eux les provinces étaient des principautés héréditaires, dont les propriétaires devaient faire confirmer leurs droits par le souverain régnant. Il y a donc eu une transformation complète du droit de propriété en Egypte sous les rois hyksos, temps probable du gouvernement de Joseph.