23-24. Chant de Lémec
Ce chant présente déjà le caractère de la poésie hébraïque, qu'on appelle le parallélisme, c'est-à-dire la répétition de la pensée dans deux membres de phrase consécutifs.
Ce fragment poétique s'était sans doute transmis de génération en génération avec le récit des actions de Lémec et de ses fils. Si le plus ancien hymne connu est un chant de meurtre, rappelons-nous cependant que le premier élan poétique fut un chant d'amour sous les ombrages du paradis (2.23).
Ada et Tsilla, entendez ma voix. Il y a de la vantardise chez ce premier poète ; il lui faut un public pour faire valoir sa première inspiration. Nous pouvons nous représenter Lémec brandissant en parlant ainsi la première lance ou la première épée dont son fils Tubal-Caïn vient de lui faire hommage.
J'ai tué. Cette expression ne signifie pas nécessairement que le meurtre a déjà été commis ; le parfait peut servir en hébreu à exprimer ce que nous appelons le présent de l'idée ; Lémec indique par là sa ligne de conduite.
Remarquons le sens légèrement différent des deux membres du verset : tuer un homme pour se venger d'une blessure est déjà cruel, mais tuer un enfant pour une simple meurtrissure, c'est ajouter la lâcheté à la cruauté ; il n'y a qu'un homme complètement dénaturé qui puisse se vanter de pareils exploits.