La réponse d'Abraham exprime un certain découragement ; la seule récompense qui pourrait le réjouir serait la possession d'un fils. A quoi lui serviront gloire, richesses ou toute autre récompense, si ces biens doivent tomber à sa mort en des mains étrangères ?
Dans l'original, ce verset contient une sorte de jeu de mots, Le terme traduit par héritier (benméschek) est très-semblable à Dammések ; et c'est probablement cette assonance qui a déterminé le choix de ce terme rarement employé.
Dammések Eliézer. Eliézer signifie Dieu de secours. Dammések est le nom hébreu de la ville de Damas. Les interprètes ne sont pas d'accord sur la relation grammaticale qui existe entre ce nom de ville et ce nom d'homme. Quelques-uns font de Dammések un adjectif et traduisent : Eliézer le Damascénien. D'autres en font une apposition : Damas Eliézer. Abraham voudrait dire : C'est Damas, la ville d'un peuple étranger, qui en la personne d'Eliézer héritera de moi. Ce sens est le plus conforme au texte hébreu. Mais plusieurs le trouvent peu naturel et supposent qu'une note marginale aura pénétré dans le texte, ce qui est encore plus improbable.
Depuis sa séparation d'avec Lot, Abraham avait sans doute désigné comme son héritier, dans le cas où il resterait sans enfant, celui de ses serviteurs auquel il était le plus attaché ; et c'était, parait-il, un serviteur qu'il s'était acquis à Damas, lorsqu'il était sur le point d'entrer dans le pays de Canaan.
Les traditions des Mahométans et celles de l'Eglise grecque établissent un rapport étroit entre Damas et Abraham. D'après les premières, c'est un serviteur d'Abraham appelé Damas qui aurait fondé cette ville. D'après les secondes, Abraham aurait été, un certain temps roi de Damas avant de passer en Canaan. Au temps, de Josèphe, on montrait dans les environs de cette ville un endroit appelé la demeure d'Abraham. Le souvenir d'Abraham est vivant à Damas encore aujourd'hui, et chaque printemps on y célèbre la fête des noces d'Abraham.