Babel. Ce nom se rattache en hébreu au verbe balal, qui signifie confondre. Mais le nom primitif Babîl ou Babilou, qu'on retrouve dans les inscriptions, signifie dans la langue babylonienne : porte de Dieu. Que l'auteur ait ou non connu ce sens primitif, il a mis en rapport le sens hébreu de ce mot (confusion) avec l'événement qui s'était passé en cet endroit.
Remarquons la quadruple repétition de l'adverbe là dans les versets 7 à 9. L'auteur veut insister sur le fait que c'est là à cet endroit nommé désormais confusion, que s'est passé l'événement à jamais mémorable de la séparation des peuples par la confusion de leur langage.
Il est bien probable que la tradition consignée dans notre récit se rattachait à un édifice ou à une ruine existant à Babylone. On voit fort souvent représentées, sur les bas-reliefs babyloniens, des tours à trois, cinq ou sept étages superposés de telle manière que chaque étage est plus étroit que l'étage inférieur. On a retrouvé également les ruines d'une tour de ce genre construite au moyen de briques et de bitume, sur la rive occidentale de l'Euphrate, à l'endroit nommé par les inscriptions Borsippa, au sud de Babylone. Cette ruine, qui porte le nom de Birs-Nimroud, doit être identique avec un temple de Bel que décrit Hérodote et avec un temple dédié à Bel-Nébo, dont parle une inscription de Nébucadnetsar.
Dans cette inscription, ce roi raconte qu'il fit restaurer le temple des sept luminaires du ciel et de la terre, la tour de Borsippa qu'un roi ancien avait fait élever, sans l'achever, et qui, dès longtemps, était tombée en ruines. La légende arabe et le Talmud identifient cet édifice avec la tour de Babel. Mais comme il était en dehors de Babylone, d'autres préfèrent rattacher la tradition biblique à l'édifice dont les ruines immenses, sur la rive orientale de l'Euphrate, portent aujourd'hui le nom de Babîl ; car cet édifice était situé dans la ville même. Cependant, les détails qui nous ont été transmis sur le Birs-Nimroud présentent tant d'analogies avec la tour dont parle le récit biblique qu'il est plus naturel d'en rester à la première manière de voir.
Les traditions des autres peuples ne renferment que des traces peu sûres du fait raconté ici. On a cru en retrouver quelques-unes chez les Grecs, chez les Babyloniens et jusqu'en Chine et en Amérique. Mais il n'est pas certain que ces légendes n'aient pas subi l'influence du récit biblique.