11.1-9 La tour de Babel et la dispersion des peuples
Plusieurs interprètes ont trouvé une contradiction entre ce morceau et le chapitre 10. D'après le chapitre 10, disent-ils, l'humanité s'étend par un développement naturel ; d'après le chapitre 11, au contraire, sa dispersion est subite et survient à la suite d'une catastrophe. Mais en réalité, cette contradiction n'existe pas, car l'état de dispersion des peuples décrit au chapitre 10 est le résultat du fait raconté au chapitre 11. L'auteur a placé l'effet avant la cause pour rattacher directement à l'histoire de Noé le catalogue de ses descendants. On comprend d'autant mieux cette anticipation que le chapitre 10 est un morceau spécial pouvant facilement être détaché de son contexte.
Divers indices, en particulier la présence du nom de Jéhova (l'Eternel), nous montrent que le commencement du chapitre 11 appartient au document jéhoviste.
La narration reprend au point où l'avait laissée le chapitre 9. Ce verset décrit l'état de l'humanité dans les temps qui suivirent immédiatement le déluge. Cet état ne dut pas être de longue durée, puisqu'au moment de la catastrophe, l'humanité tout entière était encore réunie dans le même campement.
La plupart des commentateurs rapprochent l'événement qui va être raconté de la répartition de la terre (mentionnée selon eux 10.25) au temps de Péleg. D'après cela, la période depuis le déluge à la tour de Babel aurait duré une centaine d'années, si du moins on suit la chronologie du texte hébreu. Mais nous avons vu à 10.25 que ce passage doit être interprété tout différemment et que la dispersion était un fait déjà consommé an temps de Péleg.
La tradition qui attribue à Nimrod l'initiative de la construction de Babel n'a également aucun fondement solide. Nous avons vu, au contraire (10.10), que Babel devait déjà exister quand il y établit son empire.
La même langue et les mêmes mots : une même prononciation et les mêmes termes. Plusieurs commentateurs, s'appuyant sur l'origine hébraïque des noms propres du commencement de la Genèse, ont supposé que cette langue primitive était l'hébreu qui se serait conservé dans la famille de Sem. Mais rien n'appuie cette supposition, et les noms propres ont fort bien pu être traduits en hébreu au cours de la tradition.