J'endurcirai son cœur... L'hébreu, pour exprimer cette idée, emploie indistinctement trois termes, dont l'un signifie : rendre dur (insensible), le second rendre ferme (capable de tenir bon, de résister), le troisième rendre pesant (inintelligent). Nous avons dû employer le mot endurcir pour rendre les deux premiers termes.
Mais il semble qu'en attribuant à Dieu l'endurcissement de Pharaon, l'Exode fasse de Dieu l'auteur du mal. En étudiant le récit de plus près, on verra qu'il n'en est pas ainsi. En effet, si l'Exode dit dix fois que l'Eternel raidit, appesantit ou endurcit le cœur de Pharaon (4.21 ; 7.3 ; 9.12 ; 10.1,20,27 ; 11.10 ; 14.4,8,17), dix autres fois ce même livre dit aussi que Pharaon endurcit son cœur ou que son cœur s'endurcit ou s'appesantit (7.13,14,22 ; 8.15,19,32 ; 9.7,34,35 ; 13.15).
Dans le commencement du récit (après le premier signe et après chacune des cinq premières plaies) l'endurcissement est toujours attribué à Pharaon lui-même. Ce n'est qu'après la sixième plaie, lorsque les magiciens eux-mêmes ont été frappés et que Pharaon ne vient pas à résipiscence, ce n'est qu'alors que cet endurcissement est attribué à la volonté de Dieu. Mais il faut remarquer qu'à ce moment-là, la condamnation de Pharaon est déjà prononcée (9.15) et que Dieu n'a plus d'autre but dans sa conduite envers lui que de manifester sa puissance (9.16). Deux fois encore après la septième plaie il est dit que Pharaon endurcit son cœur (9.34,35 ; comparez 10.1 où en parlant du même fait il est dit que Dieu l'endurcit).
Le libre arbitre n'est point un capital mort que l'on reçoive une fois pour toutes et qui ne puisse ni s'accroître ni décroître ou se perdre entièrement. Celui qui fait le péché volontairement ne le fera pas toujours volontairement ; il devient esclave du péché (Jean 8.34). L'homme est libre de refuser la grâce que Dieu lui offre ; mais il n'est pas libre d'empêcher Dieu de le faire servir en l'aveuglant au salut d'autrui. Il n'est que juste que l'homme qui refuse d'être but, soit dégradé au rang de moyen ; comparez ce qui est dit, Romains 9.17-23 ; Jean 12.37-43, des Juifs eux-mêmes.