Il y a une manne naturelle, bien connue dans ces contrées, en particulier dans tout le district entre Elim et Sinaï jusqu'au Wadi Feyran, au sud. Elle provient d'un arbre appartenant au genre des tamarix et que les Arabes nomment tarfa. Après la saison des pluies, si elles ont été abondantes, la sève de cet arbre suinte à travers l'écorce du tronc et des branches et tombe à terre en grosses gouttes, semblables à de la gomme, qui prennent la forme de petits grains bruns on jaunâtres ayant un goût de miel. Un naturaliste croit avoir constaté que cette exsudation est occasionnée par la piqûre d'un insecte qui loge ses œufs dans l'écorce de l'arbre. Ce phénomène commence au mois de mai, et a lieu surtout pendant les mois de juin et de juillet. Les Arabes recueillent avec soin cette manne, dont ils usent comme nous le faisons du miel. Ils vont la vendre jusqu'au Caire ; c'est également l'un des objets que les moines du couvent de Sainte-Catherine, au Sinaï, vendent aux voyageurs. L'on en recueille aujourd'hui de six à sept cents livres par an ; autrefois, lorsque les forêts étaient beaucoup plus considérables qu'aujourd'hui, la récolte devait être bien plus abondante encore.
Cette manne naturelle offre une analogie évidente avec l'aliment dont Dieu nourrit son peuple dans le désert ; malgré cela, elle ne peut être identifiée avec celui-ci. La manne ordinaire ne couvre point toute la surface du sol, mais uniquement les alentours du tronc de l'arbre d'où elle découle. Elle ne se produit pas en toute saison, mais seulement pendant deux mois, et uniquement. dans certains districts de la péninsule. La manne des Israélites était une substance dure que l'on devait moudre ou piler (Nombres 11.8) et qui était propre à servir d'aliment, tandis que la manne naturelle est molle et ne peut être employée que comme condiment ou comme purgatif. Enfin, et surtout, la circonstance qu'on n'en trouvait point le jour du sabbat et qu'on en recueillait le double le jour avant, si on ne veut pas en faire une pure légende, donne nécessairement à la manne des Israélites le caractère d'un produit miraculeux.
On connaît encore en Orient une espèce de lichen, dans lequel quelques-uns ont vu l'aliment extraordinaire des Israélites. Cette plante se trouve dans les steppes de l'Asie centrale. Comme elle pousse sur le sol sans jeter de racines, elle peut facilement être enlevée par le vent, et bien souvent elle va s'abattre en grandes masses dans des régions éloignées, où elle couvre le sol à plusieurs pouces de hauteur. On en fait un fort bon pain. Mais elle ne ressemble en rien à la description biblique de la manne et appartient à des contrées plus orientales.
La relation dans laquelle la manne des Israélites est mise avec la rosée matinale, fait supposer qu'elle provenait d'une substance miellée qui durant la nuit se trouvait en suspension dans l'air, avec l'humidité qui se dépose au matin sous forme de rosée. Nous ne pouvons en savoir davantage. Dans tous les cas, il ne faut pas s'imaginer que la manne soit l'unique aliment dont le peuple ait vécu durant son passage au désert. Il avait le lait de ses troupeaux et les produits de la chasse. L'on voit, par Lévitique 8.2 ; Nombres 7.13, qu'ils avaient aussi de la farine et du pain, ce qui s'explique par le fait de leurs séjours prolongés en plusieurs stations, où ils eurent le temps de cultiver les oasis, comme le font encore quelques tribus de bédouins, et d'en récolter les fruits. Ils durent aussi quelquefois acheter d'autres produits, tels que de l'huile et du vin (Lévitique 9.4 ; 10.9, etc.), par un commerce d'échange avec les caravanes qui traversaient le désert. Comparez Deutéronome 2.6