1 à 36 Les cailles ; la manne (nouveaux murmures)
Et ils arrivèrent au désert de Sin. L'Exode ne parle pas ici d'une étape au bord de la mer Rouge, entre Elim et le désert de Sin, que mentionne le livre des Nombres (Nombres 33.10). En marchant au sud depuis Elim, le peuple eut d'abord à traverser un massif montagneux qui descendait jusqu'à la mer et qui était coupé par plusieurs wadis ; voir à 15.27 et carte.
De là il descendit vers la mer, au bord de laquelle il campa (dans la plaine qui entoure le promontoire de Ras-Sulimeh). C'était là que se trouvait le port où l'on embarquait les produits des mines exploitées par les Pharaons dans ce district montagneux. Arrivé à cet endroit de la côte, Moïse pouvait continuer à conduire le peuple vers le sud en suivant le bord de la mer, jusqu'à l'endroit où débouche le Wadi Feyran venant de l'est. Cette vallée, la plus belle de toute la péninsule, renferme d'excellents pâturages ; les bosquets de palmiers, de tamarix et spécialement de tarfas ou arbres à manne, y abondent. En la remontant, le peuple arrivait au Wadi es-Scheik, qui le menait droit au Sinaï. Ou bien, en continuant à suivre le bord de la mer plus loin encore vers le sud, il arrivait en face du Wadi Hebrân, qui le conduisait au Sinaï plus directement encore. Mais ces deux voies présentaient de grandes difficultés. La plaine de El-Marka, au sud de Ras-Sulimeh, est un désert brûlant et sans eau, et le Wadi Hebrân est escarpé et fort raboteux. De plus, dans le passage des Nombres cité plus haut, il est dit, au verset 11, que le peuple, étant parti de la mer Rouge, campa au désert de Sin. Or, continuer à longer la mer, ce ne serait pas partir de la mer : Ce même passage dit encore que le désert de Sin, où arriva bientôt le peuple, est situé entre Elim et Sinaï. Cette détermination géographique ne convient pas au désert d'El-Marka, qui est au sud d'Elim, tandis que le Sinaï est au sud-est. Il faut donc admettre qu'Israël quitta le rivage de la mer pour s'engager dans les montagnes qu'il avait laissées jusqu'alors à sa gauche. L'entrée la plus naturelle dans cette contrée était le Wadi Tajjibeh qui débouche sur la plaine de Ras-Sulimeh, et que le peuple avait déjà suivi quelque temps en descendant jusqu'à la mer. Il put, le remonter facilement, car c'est une vallée riante, parée de palmiers et de tamarix, et où l'on trouve une eau passable. Arrivé au haut du vallon, le peuple pouvait incliner au sud-sud-est, et, traversant le district minier de Maghara et le Wadi Mokatteb, atteindre ainsi le Wadi Feyran, et de là le Wadi es-Scheik qui le conduisait au Sinaï. Mais d'abord il est difficile de trouver dans cette direction une plaine à laquelle convienne le nom de désert de Sin ; puis le passage du Wadi Mokatteb au Wadi Feyran est si étroit et si escarpé, qu'il eût fallu des semaines au peuple pour passer par là avec ses troupeaux. Nous pensons donc plutôt qu'après avoir atteint le haut du Wadi Tajjibeh, le peuple se dirigea plus à l'est, vers la grande plaine sablonneuse qui porte le nom de Debbet-er-Ramleh. Il pouvait arriver à ce plateau en suivant le Wadi Hamr, puis le Wadi Nasb. Du bord de la mer jusqu'à Nasb, c'est une distance de trente kilomètres. Le plateau qui commence là est une large bande sablonneuse et déserte qui traverse presque toute la péninsule de l'ouest à l'est, séparant la chaîne calcaire de Paran (ou Ettih), au nord, du massif granitique du Sinaï, au sud. Elle peut avoir porté le nom de désert de Sin, quoique nous n'en ayons pas la preuve. Elle est située (voir le texte des Nombres) en droite ligne entre Elim et Sinaï. Le Wadi Nasb étant aussi un district de mines, une route devait y conduire. Là se trouve une eau excellente dont le peuple pouvait faire provision pour les jours suivants.
Le passage Nombres 33.12-15 mentionne, à la suite de l'arrivée au désert de Sin, trois localités : Dophka, Alousch et Rephidim. Les deux premières sont totalement inconnues ; sur la troisième, voir à 17.8
L'expression des Nombres : Du désert de Sin ils vinrent à Dophka et Alousch, fait penser que le peuple ne suivit pas longtemps le désert, où ses troupeaux n'auraient pu vivre, mais qu'il inclina vers le sud-est en suivant une série de wadis qui bordent ce désert au sud ; il put arriver ainsi au Wadi es-Scheik, la plus grande, la plus belle vallée de la péninsule après le Wadi Feyran, et que l'on pourrait presque appeler la grande route du Sinaï. De l'entrée du désert de Sin à celle du Wadi es-Scheik, il faut compter environ soixante kilomètres, et de là à la plaine d'er-Rahah, au pied du Sinaï, quarante kilomètres. Cela fait en tout, de Sin au Sinaï, une centaine de kilomètres, par conséquent, à vingt kilomètres par jour, cinq jours. Or le passage 19.1 en indique quinze. On voit que le temps indiqué était pleinement suffisant, même pour une caravane aussi chargée que l'était le peuple.
Le quinzième jour du mois. De Ramsès an désert de Sin (par Ayoun-Mousa et Elim), le peuple avait donc mis un mois ; car la sortie d'Egypte avait eu lieu dans la nuit du 14 au 15 du premier mois de l'année.