Une autre corne petite. Ces mots désignent une puissance de peu d'apparence, mais dans laquelle se concentre toute la force de la bête, et en particulier, comme nous le verrons, toute son hostilité contre Dieu.
Trois des premières cornes furent arrachées. Ce trait mystérieux désigne sans doute l'agrandissement du pouvoir de la petite corne, au moyen de la soumission de plusieurs des Etats issus de la quatrième monarchie.
Des yeux. Emblème d'habileté et de clairvoyance.
Comme des yeux d'homme. Ce trait, ainsi que le suivant : une bouche, semble indiquer que cette puissance hostile à Dieu se personnifiera dans un individu. D'après les cinq derniers systèmes d'interprétation que nous avons mentionnés et critiqués, cet individu serait Antiochus Epiphane, roi de Syrie (175-164), le persécuteur de la nation juive. Les trois cornes qu'il a renversées seraient des compétiteurs au trône de Syrie, qu'il aurait écartés, mais dont un seul en tout cas aurait réellement régné. On ne s'accorde pas même sur leur nom. Nous ne pouvons entrer dans le détail de ces noms et de cette discussion, dont tout l'intérêt pour plusieurs interprètes est de prouver que l'auteur du chapitre 7 n'est pas un prophète, mais un historien qui écrit après les événements. Comme aucune préoccupation de ce genre n'influe sur notre jugement, nous ne saurions, après tout ce qui a été dit, voir Antiochus Epiphane dans la petite corne dont il est ici parlé. Nous rappelons seulement qu'elle surgit du sein du quatrième empire, et non, comme Antiochus, du royaume de Syrie qui a été placé dans la troisième monarchie. Et elle s'élève du milieu de dix Etats simultanés, et non à la suite de dix rois successifs (que l'histoire réduit en réalité à sept ou au plus à huit).
Quelques exégètes, tout en maintenant le caractère prophétique du chapitre 7, ont été conduits aussi à appliquer l'image de la petite corne à Antiochus Epiphane, et cela par la raison suivante : 8.9-14,23-25, il est de nouveau question d'une petite corne. Or, partant de l'idée que le même symbole ne peut s'appliquer qu'au même personnage, ces exégètes, après avoir constaté à bon droit que la petite corne du chapitre 8 désigne Antiochus Epiphane, ont cru devoir interpréter d'après cela la petite corne du chapitre 7 et l'appliquer, malgré les raisons que nous venons d'indiquer, au même souverain. Mais cet argument n'est nullement concluant. Le symbole d'une petite corne ne renferme que l'idée d'un pouvoir d'abord peu apparent, puis acquérant une force considérable dont il se sert pour faire la guerre à Dieu. Or, ce phénomène peut se reproduire plus d'une fois dans l'histoire du monde ; une première fois, par exemple, au sein du troisième empire (c'est le cas au chapitre 8) et une autre fois au sein du quatrième (c'est le cas au chapitre 7). Et les circonstances particulières de l'apparition de ces deux puissances semblables sont assez différentes pour montrer qu'il s'agit de deux faits distincts. La petite corne du chapitre 8 sort d'une des quatre cornes du bouc ; celle du chapitre 7 surgit au milieu des dix cornes de la bête sans nom. La première n'arrache aucune autre corne, elle se superpose à l'une des précédentes ; la seconde en fait tomber trois. Il y a d'autres différences dans leur manière d'agir à toutes deux ; nous les signalerons lorsqu'il en sera question (versets 20 et 21).
Nous sommes ainsi conduits à voir dans la petite corne du chapitre 7, qui s'élève au sein de la quatrième et dernière monarchie, le personnage ou le pouvoir désigné par saint Paul comme l'homme du péché, le fils de la perdition, l'impie, dont l'apparition doit précéder l'avènement glorieux du Messie (2Thessaloniciens 2.1-10). Voir au chapitre 8 le sens de la petite corne décrite dans ce chapitre et sortant de la monarchie grecque.