1 *Nebucadnetsar, le roi, fit une statuea 1a ou : image. d’or ; sa hauteur était de 60 coudées, sa largeur, de six coudées ; il la dressa dans la plaine de Dura, dans la province de Babylone. 2 Et Nebucadnetsar, le roi, envoya [un ordre] pour assembler les satrapes, les préfets, les gouverneurs, les grands juges, les trésoriers, les conseillers, les légistes, et tous les magistrats des provinces, afin qu’ils viennent pour la dédicace de la statue que Nebucadnetsar, le roi, avait dressée. 3 Alors s’assemblèrent les satrapes, les préfets, les gouverneurs, les grands juges, les trésoriers, les conseillers, les légistes, et tous les magistrats des provinces, pour la dédicace de la statue que Nebucadnetsar, le roi, avait dressée ; et ils se tinrent devant la statue que Nebucadnetsar avait dressée.
v. 1 · Bible annotée · 18/10/2026
Ce chapitre raconte la délivrance miraculeuse de trois jeunes Hébreux jetés dans une fournaise pour avoir refusé d'adorer la statue d'or de Nébucadnetsar.
Cet événement doit, d'après le récit, avoir eu lieu après le songe du chapitre 2 ; c'est ce qui résulte de plusieurs allusions aux faits racontés dans le chapitre 2 ; comparez 3.12,30 avec 2.49.
Nébucadnetsar, au moment où nous transporte la narration, était parvenu au faîte de sa puissance ; il régnait sur un vaste empire, comme le prouve l'expression : peuples, tribus et langues, qui revient trois fois dans ce chapitre.
1 à 7 Inauguration de la statue d'or érigée par Nébucadnetsar dans la plaine de Dura.
Statue d'or. Le mot tselem désigne ici, comme dans 2.31, une statue de forme humaine, et les versets 12,14,18 paraissent indiquer qu'elle représentait la puissance de l'empire babylonien personnifiée dans la divinité suprême de la nation, le dieu Bel.
D'or, c'est-à-dire, recouverte de plaques d'or ; car il n'est pas probable qu'un monument aussi colossal fût d'or massif. C'est ainsi que l'autel de bois d'acacia recouvert d'or est appelé autel d'or : Exode 37.25 ; 39.38. Ces statues d'or monumentales étaient dans les usages babyloniens. Le pillage d'une grande partie de l'Asie avait fait affluer à Babylone une masse énorme de métaux précieux.
D'une hauteur de soixante coudées et d'une largeur de six coudées. La coudée babylonienne (Ezéchiel 40.5, note) mesurait 525 millimètres ; cette statue devait donc avoir 34 mètres 50 centimètres de haut sur 3 mètres 15 centimètres de large. Ces dimensions, pour être énormes, n'ont rien d'invraisemblable, puisqu'elles sont à peine celles qu'avait le colosse de Rhodes (70 coudées) et ne dépassent pas celles des statues de Borromée au bord du lac Majeur et de la Bavaria à Munich. Il y a sans doute une disproportion choquante entre les deux chiffres indiqués (puisque les dimensions normales de hauteur et de largeur de la stature humaine sont dans le rapport de 6 à 1). Mais il est. probable qu'il faut compter dans les soixante coudées la hauteur d'un piédestal auquel on peut donner les dimensions que l'on voudra.
La plaine de Dura. Il existait plusieurs villes de ce nom. Mais ce doit être ici une localité dans le voisinage de la capitale. Or, d'après Oppert, le célèbre orientaliste, il se trouve près de l'emplacement de l'ancienne Babylone, dans la direction sud-sud-est, un fleuve et une ligne de collines portant encore le nom de Dura. La plus petite de ces collines n'est autre chose qu'un cube de briques crues, de 14 mètres à la base et de 6 mètres de hauteur. Selon Oppert, ce serait peut-être là le piédestal de la statue dont parle le livre de Daniel.
v. 2 · Bible annotée · 18/10/2026
Convoqua. Le terme hébreu indique que ce fut par des messagers (comparez Esther 3.15 ; 2Chroniques 30.6-10).
Les satrapes... Les trois premiers noms désignent des fonctionnaires civils, et militaires ; les quatre derniers, des fonctionnaires dans l'ordre de la justice et des finances (comparez Jérémie 51.28 ; Ezéchiel 33.6,23). Des sept titres employés ici, deux seuls paraissent appartenir à la langue assyrienne (chefs et gouverneurs), tandis que les autres ont une étymologie perse ; ce qui a fait douter qu'ils aient pu désigner jamais des charges exercées dans l'empire de Nébucadnetsar. Plusieurs critiques vont jusqu'à trouver dans ce fait une preuve du caractère fictif du récit tout entier. C'est, nous paraît-il, tirer une conséquence bien exagérée. Peut-être ce fait doit-il nous engager à fixer la date de rédaction du récit à l'époque de la domination médo-perse (538-330) ; mais il ne saurait faire douter de la vérité du récit lui-même. En tout cas, la forme perse du titre de ces dignitaires babyloniens ne se concilierait guères avec l'hypothèse de la composition sous la domination grecque (330-165).
4 Et un héraut cria avec force : Il vous est ordonné, peuples, peuplades, et langues : 5 Aussitôt que vous entendrez le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la musette, et toute espèce de musique, vous vous prosternerez et vous adorerez la statue d’or que Nebucadnetsar, le roi, a dressée ; 6 et quiconque ne se prosternera pas et n’adorera pas, sera jeté à l’heure même au milieu d’une fournaise de feu ardent. 7 C’est pourquoi, au moment même où tous les peuples entendirent le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, et toute espèce de musique, tous les peuples, peuplades et langues, se prosternèrent [et] adorèrent la statue d’or que Nebucadnetsar, le roi, avait dressée.
v. 4 · Bible annotée · 18/10/2026
Peuples, nations et langues : toutes les populations de l'empire en tant que groupées, soit au point de vue de l'état politique soit à celui du langage. Cette locution reparaît 5.19 ; 6.25 ; 7.14. Peut-être était-ce une formule officielle dans l'empire chaldéen. On la retrouve dans Apocalypse 5.9 ; 11.9.
v. 5 · Bible annotée · 18/10/2026
Au moment où vous entendrez le son. Les auteurs anciens, les inscriptions et les représentations des monuments attestent le goût prononcé des Babyloniens pour la musique instrumentale, qui était du reste un élément important de toutes les cérémonies religieuses et politiques dans l'antiquité.
Voir Planche 1 pour les diverses représentations des instruments.
Le cor : karna ; originairement une corne et plus tard un tube droit de métal avec pavillon évasé (figures 1 et 2).
Le fifre : maschrokita ; voir figure 8, second musicien ; cependant il est possible que cet instrument désigne le chalumeau, figure 3.
La cithare : citharos, instrument en forme de lyre et dont les cordes à leur extrémité inférieure sont fixées sur la caisse de résonance. La figure 1 représente une cithare grecque ; la figure 5, une des formes anciennes de la cithare égyptienne.
La sambuque : sabbca. D'après les uns, c'est un instrument à quatre cordes, tenant le milieu entre la harpe et la guitare, voyez la figure 6 ; d'après d'autres, ce serait une harpe de grande dimension, semblable à la harpe des Egyptiens, figure 7.
Le psaltérion : psanterin. D'après quelques-uns, une harpe portative ; d'après d'autres, un instrument à cordes assez semblable à la zither et que l'on pinçait avec un morceau de bois ou d'ivoire appelé plectre. Les deux manières dont on se représente cet instrument sont figurées sur la figure 8, qui reproduit un fragment de la grande sculpture murale du palais de Koyoundjik, à Ninive. Il représente des musiciens fêtant le retour victorieux d'Assourbanipal. Le psaltérion est, d'après les uns, la harpe que portent le premier, le quatrième et le cinquième musicien ; d'après les autres, ce serait l'instrument porté horizontalement par le troisième.
La cornemuse : soumphonia, appelée encore aujourd'hui en Italie sampogna, est un sac de cuir auquel sont adaptés deux tuyaux, l'un qu'on met dans la bouche et qui produit un son uniforme, l'autre percé de trous sur lesquels on fait mouvoir les doigts pour moduler le son.
Dans cette énumération des instruments de musique, il y a au moins trois ou quatre noms d'origine grecque : la cithare, le psaltérion et la cornemuse, peut-être aussi la sambuque. On a vu là une preuve de la composition du livre sous la domination gréco-syrienne. Mais il est possible qu'antérieurement à celle-ci, des noms d'instruments de musique grecs fussent parvenus en Orient et jusqu'à Babylone. Bien des faits prouvent qu'il existait des relations nombreuses entre les colonies grecques de l'Asie-Mineure et l'Assyrie. Les rois d'Assyrie eurent plus d'une fois des mercenaires grecs à leur solde. On sait que Nébucadnetsar avait dans son armée, probablement comme commandant d'un corps d'auxiliaires grecs, le frère du célèbre poète Alcée. Babylone est appelée Ezéchiel 17.4une ville de marchands, et les produits de l'industrie et de l'art grecs doivent y être arrivés de très bonne heure par l'intermédiaire des Phéniciens, des Syriens ou des Lydiens. Les Lydiens, en particulier, avaient des artistes grecs à leur service, et la Lydie a eu de tous temps des relations avec l'Assyrie, dont elle a toujours été plus ou moins dépendante jusqu'à la fin du huiitème siècle. Si l'on ajoute à tout cela la circonstance. que le peuple grec était le peuple musicien par excellence dans l'antiquité, on peut bien envisager comme possible le fait que les instruments dont il est question dans ce passage aient été en usage en Babylonie au temps de Nébucadnetsar. Ces noms d'instruments sont les seuls mots d'origine grecque que renferme le livre de Daniel.
v. 6 · Bible annotée · 18/10/2026
Dans la fournaise de feu ardent. La fournaise était déjà chauffée pour montrer que la punition suivrait de près la désobéissance. On pouvait s'attendre à des refus de la part de sujets soumis par la force.
Ce genre de supplice était en usage chez les Chaldéens (Jérémie 29.22) et chez les Moabites (Amos 2.1).
v. 7 · Bible annotée · 18/10/2026
Rien n'interdisait aux païens de reconnaître et d'adorer d'autres dieux que leurs dieux nationaux. Il n'en était pas ainsi des Juifs, dont la religion excluait tout hommage adressé à un autre Dieu que Jéhova.
8 À cause de cela, en ce même moment, des hommes chaldéens s’approchèrent et accusèrentb 8b accuser, ici et 6. 25, litt. : manger les morceaux de. les Juifs. 9 Ils prirent la parole et dirent au roi Nebucadnetsar : Ô roi, vis à jamais ! 10 Toi, ô roi, tu as donné ordre que tout homme qui entendrait le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la musette, et toute espèce de musique, se prosterne et adore la statue d’or, 11 et que quiconque ne se prosternerait pas et n’adorerait pas, serait jeté au milieu d’une fournaise de feu ardent. 12 Il y a des hommes juifs, que tu as établis sur les services de la province de Babylone, Shadrac, Méshac et Abed-Nego : ces hommes ne tiennent pas compte de toi, ô roi ; ils ne servent pas tes dieux, et la statue d’or que tu as dressée ils ne l’adorent pas. 13 Alors Nebucadnetsar, en colère et en fureur, commanda d’amener Shadrac, Méshac et Abed-Nego ; alors on amena ces hommes devant le roi. 14 Nebucadnetsar prit la parole et leur dit : Est-ce à dessein, Shadrac, Méshac et Abed-Nego, que vous ne servez pas mon dieu, et que vous n’adorez pas la statue d’or que j’ai dressée ? 15 Maintenant, si, au moment où vous entendrez le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la musette, et toute espèce de musique, vous êtes prêts à vous prosterner et à adorer la statue que j’ai faite… ; mais si vous ne l’adorez pas, à l’instant même vous serez jetés au milieu de la fournaise de feu ardent. Et qui est le Dieu qui vous délivrera de ma main ? 16 Shadrac, Méshac et Abed-Nego répondirent et dirent au roi : Nebucadnetsar, il n’est pas nécessaire que nous te répondions sur ce sujet. 17 S’il en est [comme tu dis], notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise de feu ardent, et il [nous] délivrera de ta main, ô roi ! 18 Et sinon, sache, ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux, et que nous n’adorerons pas la statue d’or que tu as dressée.
v. 8 · Bible annotée · 18/10/2026
8 à 13 Les trois Hébreux sont accusés d'avoir enfreint l'ordre du roi.
Des Juifs... Ce verset montre que leur nationalité et leur position avaient fait d'eux un objet de haine et d'envie.
v. 12 · Bible annotée · 18/10/2026
Que tu as préposés aux affaires. Voyez 2.49. Ils sont accusés d'être à la fois ingrats et désobéissants.
Il ne paraît pas que Daniel ait été présent ; autrement il n'aurait guère pu échapper à la même accusation. Peut-être était-il absent pour affaires, maladie ou toute autre raison que nous ignorons. Peut-être aussi son titre de surintendant des mages le dispensait-il de paraître à la cérémonie à laquelle les fonctionnaires civils étaient seuls convoqués. Si l'on admet qu'il était présent, on peut supposer qu'il ne fut pas compris dans l'accusation portée contre ses amis, parce qu'il était trop puissant et trop solidement établi dans la faveur du roi pour que les ennemis des Juifs pussent s'attaquer directement à lui. En tous cas, à supposer que l'histoire fût inventée, il n'aurait pas coûté davantage à l'auteur de faire sauver quatre hommes que trois.
v. 14 · Bible annotée · 18/10/2026
14 à 18 Les accusés devant le roi.
Avec mépris. Cette traduction, qui se justifie aussi bien que l'autre, nous paraît préférable à la traduction ordinaire : Est-ce avec intention ? Il n'y a pas d'interrogation dans la phrase.
v. 15 · Bible annotée · 18/10/2026
Si vous êtes prêts... La phrase non achevée peut être complétée ainsi : vous échapperez ; ellipse qui se retrouve ailleurs dans l'Ecriture (par exemple Luc 13.9) et chez les classiques. Malgré son irritation, le roi permet une nouvelle épreuve ; il use de ménagements envers les accusés, sans doute parce qu'il apprécie la fidélité et la capacité dont ils font preuve dans l'exercice de leurs fonctions.
Et quel est le Dieu qui... ? Comparez Esaïe 37.10-13.
v. 16 · Bible annotée · 18/10/2026
Et dirent au roi : Nébucadnetsar... C'est ainsi qu'il faut traduire d'après la ponctuation du texte hébreu. Cette interpellation répond à celle du roi lui-même (verset 14). La réponse des Juifs est donc entièrement calquée sur l'apostrophe du roi ; cette forme pleine de dignité n'a rien d'irrespectueux.
Sur ce point... C'est-à-dire sur la question de Nébucadnetsar, fin du verset 15. Comme la suite le montre clairement, les Israélites ne peuvent garantir qu'ils seront délivrés. C'est l'événement seul qui répondra pour eux.
v. 17 · Bible annotée · 18/10/2026
Si notre Dieu peut. Ils ne mettent pas en question que leur Dieu n'ait la puissance nécessaire pour les délivrer. Seulement ils ne se permettent pas d'opposer leur affirmation : notre Dieu peut, à l'affirmation de Nébucadnetsar : nul Dieu ne peut. Ils remettent au fait, tel qu'il va se passer, la solution de cette question. Mais, quant à eux (verset 18), ils n'hésitent pas sur ce qu'ils ont à faire. S'ils ne connaissent pas les desseins de Dieu à leur égard, ils connaissent leur propre devoir. Sobre et ferme réponse, exempte de tout fanatisme.
19 Alors Nebucadnetsar fut rempli de fureur, et l’apparence de son visage fut changée envers Shadrac, Méshac et Abed-Nego. Il prit la parole et commanda de chauffer la fournaise sept fois plus qu’on n’était accoutumé de lac 19c litt. : qu’on ne l’avait vue. chauffer ; 20 et il commanda aux hommes les plus vaillants de son armée, de lier Shadrac, Méshac et Abed-Nego, et de les jeter dans la fournaise de feu ardent. 21 Alors ces hommes furent liés dans leurs caleçons, leurs tuniques, et leurs manteaux et leurs vêtements, et jetés au milieu de la fournaise de feu ardent. 22 Parce que la parole du roi était rigoureuse et la fournaise extrêmement chauffée, la flamme du feu tua ces hommes qui avaient fait monter Shadrac, Méshac et Abed-Nego ; 23 et ces trois hommes, Shadrac, Méshac et Abed-Nego, tombèrent liés au milieu de la fournaise de feu ardent.
v. 19 · Bible annotée · 18/10/2026
19 à 23 L'exécution.
Fut rempli de fureur. Le roi n'avait probablement jamais rencontré une résistance aussi formelle à ses volontés ; aussi veut-il que la punition soit éclatante.
Sept fois. Ce chiffre représente ici, comme souvent, la mesure complète (Genèse 4.21 ; Lévitique 26.18, etc.).
v. 21 · Bible annotée · 18/10/2026
Le mot rendu par tuniques paraît désigner le vêtement porté immédiatement sur le corps et descendant jusqu'aux pieds. L'étymologie d'après laquelle ce mot a été traduit par pantalons et caleçons, nous semble moins bien fondée, et ce genre d'habillement, d'origine perse, n'est pas mentionné par Hérodote parmi les trois vêtements qu'il attribue, exactement comme notre texte, aux Babyloniens.
Les robes et les manteaux étaient portés par-dessus la tunique. Après ces pièces principales de l'ajustement viennent les autres vêtements, comme chaussures, turbans, etc. Les trois Juifs, ayant désobéi comme dignitaires de l'empire, sont jetés au feu dans leur costume officiel et avec tous les insignes de leur charge. Ce détail est expressément relevé en vue de ce qui sera raconté au verset 27.
Jetés. La fournaise était probablement ouverte par en haut. Elle avait aussi au côté (verset 26) une porte, fermée par une grille en fer, qui permettait de voir à l'intérieur et était assez grande pour permettre le passage d'un homme.
v. 22 · Bible annotée · 18/10/2026
L'ordre était pressant. Cela explique comment ces hommes ne purent pas prendre les précautions nécessaires.
v. 23 · Bible annotée · 18/10/2026
Tout liés : la répétition du mot liés n'est pas inutile, elle prépare le mot déliés du verset 25. La flamme ne consuma que leurs liens.
Après ce verset la traduction des Septante ajoute au texte hébreu un morceau de 67 versets, d'un caractère manifestement apocryphe qui renferme une prière d'Azaria dans la fournaise, l'explication du miracle par lequel ils furent délivrés et le cantique des trois hommes. Le contenu de la prière fait allusion aux circonstances de la persécution maccabéenne (verset 9), et l'exubérance du cantique d'actions de grâces contraste avec la sobriété et la simplicité du livre de Daniel.
24 Alors le roi Nebucadnetsar, consterné, se leva précipitamment [et] prit la parole et dit à ses conseillers : N’avons-nous pas jeté au milieu du feu trois hommes liés ? Ils répondirent et dirent au roi : Certainement, ô roi ! 25 Il répondit et dit : Voici, je vois quatre hommes déliés, se promenant au milieu du feu, et ils n’ont aucun mal ; et l’aspect du quatrième est semblable à un fils de Dieu d 25d ou : des dieux ; chaldéen : Élah, au pluriel, comme 2. 11. . 26 Alors Nebucadnetsar s’approcha de l’ouverture de la fournaise de feu ardent ; il prit la parole et dit : Shadrac, Méshac et Abed-Nego, serviteurs du Dieu Très-haut, sortez et venez ! Alors Shadrac, Méshac et Abed-Nego sortirent du milieu du feu. 27 Et les satrapes, les préfets, les gouverneurs, et les conseillers du roi, qui étaient assemblés, virent ces hommes sur le corps desquels le feu n’avait eu aucune puissance : les cheveux de leur tête n’avaient pas été brûlés, et leurs caleçons n’avaient pas changé, et l’odeur du feu n’avait pas passé sur eux. 28 Nebucadnetsar prit la parole et dit : Béni soit le Dieu de Shadrac, de Méshac et d’Abed-Nego, qui a envoyé son ange et a sauvé ses serviteurs qui se sont confiés en lui, et ont changé la parole du roi, et ont livré leurs corps, afin de ne servir et n’adorer aucun autre dieu que leur Dieu . 29 Et de par moi l’ordre est donné qu’en tout peuple, peuplade, et langue, quiconque parlera mal du Dieu de Shadrac, de Méshac et d’Abed-Nego, sera mis en pièces, et sa maison sera réduite en un tas d’immondices, parce qu’il n’y a pas d’autre Dieu qui puisse sauver ainsi. 30 Alors le roi élevae 30e élever, élever à de grands honneurs. Shadrac, Méshac et Abed-Nego dans la province de Babylone.
v. 24 · Bible annotée · 18/10/2026
24 à 27 La délivrance.
Fut dans la stupeur. L'impression du roi est indiquée d'une façon dramatique avant le fait qui l'a produite.
Il se leva : du siège sur lequel il était assis pendant la cérémonie et en face de la fournaise.
Ses conseillers. Comparez 4.36 ; 6.7. D'après ces passages, c'étaient des ministres de la maison du roi, formant son entourage immédiat.
v. 25 · Bible annotée · 18/10/2026
Un fils des dieux. Nébucadnetsar parle ici à son point de vue chaldéen (voyez le contraste verset 28). Les Chaldéens croyaient à l'existence de dieux inférieurs ou demi-dieux, issus du mariage des dieux supérieurs.
v. 26 · Bible annotée · 18/10/2026
Serviteurs du Dieu suprême. Il ne reconnaît pas le Dieu national des Hébreux comme le seul vrai Dieu, mais sans se départir de son point de vue babylonien et sous l'impression saisissante du fait qui vient d'avoir lieu, il proclame ce Dieu supérieur à tous les autres. Comparez 2.47 l'expression analogue : votre dieu est le Dieu des dieux.
v. 27 · Bible annotée · 18/10/2026
Leurs tuniques. Parmi les vêtements, la tunique est particulièrement mentionnée, parce qu'elle était faite de l'étoffe la plus légère et descendait jusqu'aux pieds.
v. 28 · Bible annotée · 18/10/2026
28 à 30 L'impression produite par cet événement sur Nébucadnetsar.
Il y a loin du défi qu'il jetait à ce Dieu au verset 15 : Quel est le Dieu qui vous délivrera de mes mains ? à l'admiration qu'il professe maintenant pour lui.
Son ange ; voir au verset 25. Le langage des trois jeunes gens peut avoir influé sur la manière de parler du roi.
v. 29 · Bible annotée · 18/10/2026
En cloaques : comparez 2.5
Remarques sur le chapitre 3
On a élevé, contre la réalité de l'événement raconté dans ce chapitre, de nombreuses objections tirées soit de sa nature miraculeuse, soit des circonstances du récit. Quant à ces dernières, nous avons vu dans les notes qu'aucun détail ne blesse réellement les vraisemblances historiques. L'ordre donné par Nébucadnetsar à tous ses sujets indistinctement de se prosterner devant la statue qu'il avait élevée, l'absence du nom de Daniel dans l'accusation portée contre les Juifs, la présence à cette époque d'instruments de musique d'origine et de langue grecques, n'ont absolument rien de contraire à la raison ou à l'histoire. Les dénominations perses des fonctionnaires babyloniens ne prouvent rien contre le fait lui-même et peuvent s'expliquer par une rédaction du récit faite sous la domination perse.
Plusieurs traits en échange concordent fort bien avec ce que nous savons de la géographie, des murs et des croyances babyloniennes ; ainsi la statue d'or et la plaine de Dura, verset 1 ; la fournaise, verset 6 ; les vêtements, verset 21 ; le terme de fils des dieux, verset 25.
Il nous paraît aussi que si ce récit était, comme plusieurs le soutiennent, un produit de l'imagination juive au temps des Maccabées, il trahirait son origine et porterait l'empreinte des circonstances au milieu desquelles il aurait vu le jour. C'est le cas, par exemple, du morceau interpolé par la version des Septante avec lequel il est intéressant de comparer celui-ci. Pour ne relever que les deux points suivants, la figure et la conduite de Nébucadnetsar, dans notre chapitre comme dans tout le reste du livre, ne rappelle en rien celle d'Antiochus ; elle contraste au contraire avec celle-ci ; il n'y a pas ici un mot d'une persécution religieuse organisée, ni de Juifs infidèles à la foi.
Enfin, il ne faut pas oublier que le premier livre des Maccabées (II, 59) met dans la bouche de Mattathias, après un grand nombre d'exemples de fidélité tirés de l'histoire d'Israël, la mention de la délivrance miraculeuse de Hanania, d'Azaria et de Migaël. Ce témoignage n'est pas sans valeur, à moins qu'on n'admette une composition très postérieure du livre des Maccabées.
Mais c'est plutôt encore la nature du miracle raconté ici, qui, aux yeux d'un grand nombre de commentateurs, est une raison suffisante pour le reléguer au rang des légendes. Ceux qui ne doutent pas de la possibilité du miracle en lui-même ne se laisseront pas arrêter par une raison de ce genre, et ils examineront uniquement si, pour autant qu'il nous est possible et permis de raisonner sur une semblable question, l'intervention de Dieu s'explique dans les circonstances données. Dans des cas analogues, Dieu n'a pas laissé sans réponse les bravades de ses adversaires, ainsi celles de Pharaon, Exode 5.2, et de Rabsaké, Esaïe 36.15-20. Au temps de l'exil, plus que jamais, il paraîtrait étonnant que le Dieu d'Israël eût laissé son nom sans témoignage. Un prodige du genre de celui-ci n'était-il pas conforme à l'intérêt de sa gloire, compromise aux yeux des païens par la défaite de son peuple ? Et plus ce prodige était inattendu et extraordinaire, plus il devait attirer et pour ainsi dire forcer l'attention populaire, et amener sur la bouche de tous les païens cette exclamation : Il n'y a aucun dieu qui puisse sauver de la sorte ! En même temps, Dieu donnait par ce miracle à son peuple châtié, mais non rejeté, un signe visible de sa fidélité envers ceux qui lui sont fidèles. Cette intervention manifeste du Dieu des Juifs en faveur des siens dut aussi contribuer à les protéger efficacement durant leur captivité, et par là à préparer leur retour et à assurer le maintien du royaume des cieux sur la terre.
Il nous semble que pour quiconque pèse sérieusement ces raisons, rien ne l'empêchera d'admettre le caractère historique de ce miracle et d'y voir avec l'auteur de l'épître aux Hébreux (Hébreux 11.34) une réponse de Dieu à la foi de ses fidèles confesseurs.
31 *Nebucadnetsar, le roi, à tous les peuples, peuplades et langues, qui habitent sur toute la terre : Que votre paix soit multipliée ! 32 Il m’a semblé bon de faire connaître les signes et les prodiges que le Dieu Très-haut a opérés à mon égard. 33 Ses signes, combien ils sont grands ! Et ses prodiges, combien ils sont puissants ! Son royaume est un royaume éternel, et sa domination est de génération en génération.
v. 31 · Bible annotée · 18/10/2026
Le songe de l'arbre
Ce chapitre contient le récit de la démence et de la guérison de Nébucadnetsar, qui lui furent annoncées dans une vision dont Daniel lui donna l'explication. Pour la forme, c'est une proclamation officielle de ce roi à tous les peuples de son empire. Si, dans le chapitre précédent, nous voyons comment Dieu protège ses fidèles confesseurs, celui-ci nous montre comment il humilie ceux qui s'enorgueillissent. Le fait que Nébucadnetsar s'est attiré ce châtiment tragique après sa belle profession (voir 3.28-29), n'a rien en soi d'invraisemblable. Le cur de ce roi avait été impressionné mais non changé par les événements précédents, et aucun potentat n'était peut-être plus exposé que lui à la tentation de l'orgueil et de l'idolâtrie de soi-même. On a trouvé étrange qu'il ait rendu public ce triste épisode de sa vie, au lieu de le tenir soigneusement caché. Mais l'événement n'avait pas pu être ignoré de ses sujets, et une proclamation officielle au moment où le roi, après un interrègne reprenait les rênes du gouvernement, pouvait être dictée par une sage politique non moins que par un sentiment de reconnaissance envers la divinité dont le bras s'était fait sentir à lui. On sait du reste que ces publications de rêves prophétiques étaient dans les usages des rois d'Assyrie et de Babylone.
Il faut remarquer dans la teneur de ce document le passage de la première à la troisième personne (verset 19), puis le retour à la première (verset 34). Il est impossible de voir dans ce fait le résultat d'une inadvertance de l'auteur (voyez versets 19 et 28 notes). On s'est offusqué également de la couleur biblique prononcée du commencement et de la fin du morceau ; mais elle peut s'expliquer par l'hypothèse de la participation de Daniel à la rédaction du décret.
L'évènement auquel se rapporte ce chapitre ne peut avoir appartenu qu'aux derniers temps du règne de Nébucadnetsar où ce roi était parvenu au faîte de la grandeur (versets 4 et 30).
Ceux qui rapportent la composition du livre de Daniel au temps des Maccabées, pensent que l'auteur a voulu donner à Antiochus Epiphane un avertissement contre l'orgueil, en lui présentant l'exemple de Nébucadnetsar humilié. Mais il n'y a aucun rapport dans la situation politique et morale des deux rois ; l'impiété de l'un diffère absolument de la repentance de l'autre. Et comment l'auteur, qui menace expressément Antiochus d'une fin tragique (7.11 ; 8.25 ; 11.45), lui promettrait-il au contraire, dans l'exemple de Nébucadnetsar, un glorieux rétablissement ? Ces deux conceptions d'un seul et même personnage sont inconciliables.
1 à 3 Introduction de l'édit, renfermant l'adresse (verset 1), une brève indication du contenu (verset 2) et une louange au Dieu suprême (verset 3).
Dans le texte hébreu, ainsi que dans plusieurs versions anciennes et modernes, ces trois versets sont rattachés au chapitre précédent. Il est probable que l'auteur de la division en chapitres (qui ne remonte qu'au douzième siècle de notre ère) a cru que les prodiges mentionnés dans ce préambule étaient ceux de la fournaise ardente, au chapitre 3. Mais cette idée est exclue par le fait que c'est le roi lui-même qui est désigné comme l'objet de ces prodiges.
Sur toute la terre ; comparez 2.38, note.
v. 33 · Bible annotée · 18/10/2026
La dernière partie de cette louange se retrouve dans les mêmes termes Psaumes 145.13, et aussi en partie Psaumes 72.5 ; Daniel 7.14,27.