Le songe de l'arbre
Ce chapitre contient le récit de la démence et de la guérison de Nébucadnetsar, qui lui furent annoncées dans une vision dont Daniel lui donna l'explication. Pour la forme, c'est une proclamation officielle de ce roi à tous les peuples de son empire. Si, dans le chapitre précédent, nous voyons comment Dieu protège ses fidèles confesseurs, celui-ci nous montre comment il humilie ceux qui s'enorgueillissent. Le fait que Nébucadnetsar s'est attiré ce châtiment tragique après sa belle profession (voir 3.28-29), n'a rien en soi d'invraisemblable. Le cur de ce roi avait été impressionné mais non changé par les événements précédents, et aucun potentat n'était peut-être plus exposé que lui à la tentation de l'orgueil et de l'idolâtrie de soi-même. On a trouvé étrange qu'il ait rendu public ce triste épisode de sa vie, au lieu de le tenir soigneusement caché. Mais l'événement n'avait pas pu être ignoré de ses sujets, et une proclamation officielle au moment où le roi, après un interrègne reprenait les rênes du gouvernement, pouvait être dictée par une sage politique non moins que par un sentiment de reconnaissance envers la divinité dont le bras s'était fait sentir à lui. On sait du reste que ces publications de rêves prophétiques étaient dans les usages des rois d'Assyrie et de Babylone.
Il faut remarquer dans la teneur de ce document le passage de la première à la troisième personne (verset 19), puis le retour à la première (verset 34). Il est impossible de voir dans ce fait le résultat d'une inadvertance de l'auteur (voyez versets 19 et 28 notes). On s'est offusqué également de la couleur biblique prononcée du commencement et de la fin du morceau ; mais elle peut s'expliquer par l'hypothèse de la participation de Daniel à la rédaction du décret.
L'évènement auquel se rapporte ce chapitre ne peut avoir appartenu qu'aux derniers temps du règne de Nébucadnetsar où ce roi était parvenu au faîte de la grandeur (versets 4 et 30).
Ceux qui rapportent la composition du livre de Daniel au temps des Maccabées, pensent que l'auteur a voulu donner à Antiochus Epiphane un avertissement contre l'orgueil, en lui présentant l'exemple de Nébucadnetsar humilié. Mais il n'y a aucun rapport dans la situation politique et morale des deux rois ; l'impiété de l'un diffère absolument de la repentance de l'autre. Et comment l'auteur, qui menace expressément Antiochus d'une fin tragique (7.11 ; 8.25 ; 11.45), lui promettrait-il au contraire, dans l'exemple de Nébucadnetsar, un glorieux rétablissement ? Ces deux conceptions d'un seul et même personnage sont inconciliables.
1 à 3 Introduction de l'édit, renfermant l'adresse (verset 1), une brève indication du contenu (verset 2) et une louange au Dieu suprême (verset 3).
Dans le texte hébreu, ainsi que dans plusieurs versions anciennes et modernes, ces trois versets sont rattachés au chapitre précédent. Il est probable que l'auteur de la division en chapitres (qui ne remonte qu'au douzième siècle de notre ère) a cru que les prodiges mentionnés dans ce préambule étaient ceux de la fournaise ardente, au chapitre 3. Mais cette idée est exclue par le fait que c'est le roi lui-même qui est désigné comme l'objet de ces prodiges.
Sur toute la terre ; comparez 2.38, note.