1 Et en la seconde année du règne de Nebucadnetsar, Nebucadnetsar songea des songes, et son esprit fut agité, et son sommeil le quitta. 2 Et le roi commanda d’appeler les devins, et les enchanteurs, et les magiciens, et les Chaldéens, pour exposer au roi ses songes ; et ils vinrent et se tinrent devant le roi. 3 Et le roi leur dit : J’ai songé un songe, et mon esprit est agité pour connaître le songe. 4 Et les Chaldéens dirent au roi, en syriaquea 4a ou : araméen. : Ô roi, vis à jamais ! Dis le songe à tes serviteurs, et nous en indiquerons l’interprétation. 5 Le roi répondit et dit aux Chaldéens : La chose est par moi prononcée : si vous ne me faites pas connaître le songe et son interprétation, vous serez mis en pièces, et vos maisons seront réduites en tas d’immondices ; 6 mais, si vous indiquez le songe et son interprétation, vous recevrez de ma part des dons, et des présents, et de grands honneurs. Indiquez-moi donc le songe et son interprétation. 7 Ils répondirent pour la seconde fois et dirent : Que le roi dise le songe à ses serviteurs, et nous en indiquerons l’interprétation. 8 Le roi répondit et dit : Je sais très certainement que vous voulez gagner dub 8b litt. : acheter le. temps, parce que vous voyez que la chose est par moi prononcée ; 9 or, si vous ne me faites pas connaître le songe, il y a un seul et même décret pour vous ; car vous avez préparé une parole mensongère et perverse pour la dire devant moi, en attendant que le temps ait changé. C’est pourquoi, dites-moi le songe, et je saurai que vous pouvez m’en indiquer l’interprétation. 10 Les Chaldéens répondirent devant le roi et dirent : Il n’existe pas un homme sur la terre qui puisse indiquer la chose que le roi demandec 10c litt. : la chose du roi. ; c’est pourquoi aucun roi, quelque grand et puissant qu’il soit, n’a demandé chose pareille d’aucun devin, ou enchanteur, ou Chaldéen ; 11 et la chose que le roi demande est difficile, et il n’existe personne qui puisse l’indiquer devant le roi, excepté les dieuxd 11d chaldéen : Élah, ici, au pluriel. Les chapitres 2. 4 à 7. 28 sont écrits en araméen et ont toujours : Élah. , dont la demeure n’est pas avec la chair.
v. 1 · Bible annotée · 18/10/2026
Ce chapitre raconte le songe de Nébucadnetsar représentant les quatre grandes monarchies qui se succèdent pour faire place enfin au royaume de Dieu. Ce sujet est repris et développé par la vision du chapitre 7. On peut même dire que, comme les révélations reçues par Daniel dans la suite ne sont toutes que le développement de celle-ci, ce chapitre 2 forme la base de la seconde partie du livre. Le fait que ce ne fut pas le prophète hébreu, mais le roi païen qui reçut cette révélation est significatif :
En la personne du premier roi qui ait représenté la monarchie universelle, en la personne de celui qui venait de mettre fin au royaume d'Israël, la puissance de ce monde apprend à connaître son destin final et comment elle doit à son tour et à jamais faire place un jour au règne de Dieu. Cependant, il importe de le remarquer : bien que favorisé d'un songe divin, le monarque païen est incapable de le comprendre par lui-même ; ses sages ne peuvent pas non plus le lui interpréter. Ce songe n'est donc pour lui qu'un sujet de trouble intérieur, jusqu'au moment où un Israélite éclairé de Dieu vient le lui raconter et lui en donner la clef. (Auberlen.)
1 à 11 Nébucadnetsar fait un songe que les mages ne peuvent raconter.
La seconde année du règne de Nébucadnetsar. Ce monarque ne devint réellement roi qu'en 604, soit la sixième année de Jéhojakim. Nous avons déjà vu (1.1 note) que, si Nébucadnetsar est appelé roi avant cette époque, c'est par anticipation. (Le passage Jérémie 25.4 doit aussi être expliqué en partant du commencement de sa régence.) Si l'on admet que les jeunes Israélites ont été envoyés à Babylone immédiatement après la prise de Jérusalem (606), ils avaient déjà terminé les trois années d'études dont il est question 1.5,18, à l'époque de la seconde année de Nébucadnetsar, c'est-à-dire en 603-602. L'explication de quelques commentateurs qui placent l'interprétation du songe par Daniel pendant les années d'études de celui-ci, crée des difficultés ; voyez surtout 2.48.
Ayant eu des songes. Il n'est question dans la suite du récit que d'un seul songe ; le pluriel signifie simplement : il se trouva en état de songe.
Comparez les révélations accordées sous forme de songe à des hommes étrangers à la théocratie : Abimélec (Genèse 20.3), Laban (Genèse 31.24), Pharaon (Genèse 41.1-12). Le songe est la forme inférieure de la révélation, et cette forme, dans la circonstance présente, était d'autant mieux choisie que les peuples païens en général et les Chaldéens en particulier attachaient aux songes une importance extrême et leur attribuaient un sens prophétique. Les documents contemporains attestent le fait.
Fut frappé. L'agitation que lui causa ce songe l'empêcha de se rendormir.
v. 2 · Bible annotée · 18/10/2026
Les lettrés, les magiciens, les enchanteurs et les Chaldéens. Ces noms désignent, quatre classes de mages babyloniens dont les fonctions étaient distinctes.
Les lettrés : Chartummim : on les rencontre aussi en Egypte (Genèse 41.8, où ils doivent expliquer le songe de Pharaon, et Exode 7.1, etc., où ils exécutent des enchantements). L'étymologie de ce nom est un mot qui signifie stylet, et il paraît désigner des savants ou, comme les appelle Hérodote, des scribes sacrés, dont la fonction était d'écrire et d'interpréter les livres de magie. Selon une autre explication, qui nous semble moins probable, les Charturnmim étaient appelés ainsi du nom d'une baguette magique dont ils se servaient pour faire des conjurations.
Les magiciens : Aschaphim. Ce mot ne se trouve que dans le livre de Daniel. Son sens parait être : ceux qui soufflent. Ce seraient des exorcistes qui, par des formules de conjuration et d'imprécation prononcées à demi-voix, prétendaient éloigner les démons et mettre à l'abri de leurs coups.
Les enchanteurs : Mecaschephim existaient également en Egypte (Exode 7.11) ; d'après Esaïe 47.9,12, ils étaient fortement représentés à Babylone.
Les Chaldéens : Casdim. Nous savons par Hérodote et Diodore de Sicile que c'étaient des prêtres issus de la race la plus ancienne du pays. (Comparez 1.4) Comme tels, ils étaient sans doute chargés des offices sacerdotaux proprement dits et avaient la priorité sur les autres classes de mages. C'est pourquoi ils parlent au nom de tous, (versets 4 et 10).
Outre ces quatre classes, d'autres passages (verset 27 ; 4.7, etc.) mentionnent encore les astrologues : Gazrim, qui annonçaient l'avenir et tiraient l'horoscope d'après les mouvements des astres. Quelques-uns voient plutôt en eux des devins, qui lisaient l'avenir dans les entrailles des victimes (de gazar, couper). Cette dernière opinion nous semble moins probable. Toutes ces cinq classes sont renfermées dans un terme général, celui de sages (versets 12 et 18 ; 4.6 et Jérémie 50.35). Ils formaient, d'après Diodore de Sicile, un collège sous la direction d'un chef (comparez verset 48) qui, vu l'extension considérable qu'avait alors la magie à Babylone et l'importance qui lui était attribuée, occupait une haute position dans l'Etat. Comme ces diverses classes se complétaient l'une l'autre, Nébucadnetsar les convoque toutes. Tous les moyens de divination devaient être employés pour découvrir le songe et son sens caché. Dans le cas où le songe annoncerait des malheurs, il fallait chercher à les détourner en rendant les dieux propices par des sacrifices et des prières. Et pour cela toutes les classes devaient être consultées. Chacune n'était sans doute représentée en cette circonstance que par ses chefs, ce qui explique l'absence de Daniel (verset 13).
v. 3 · Bible annotée · 18/10/2026
Cherchant à connaître ce songe. L'on pense ordinairement que le roi avait oublié le songe et que son agitation provenait des efforts de son esprit pour se le rappeler. La suite nous fait plutôt penser Nebucadnetsar ne l'avait point réellement oublié et qu'il avait des raisons pour mettre à l'épreuve l'intelligence surnaturelle que s'attribuaient ses devins. Le meilleur moyen de contrôler la vérité de l'explication qu'ils lui donneraient était de les forcer à lui raconter le songe lui-même qu'ils ne pouvaient certainement connaître par aucun procédé naturel (verset 9).
v. 4 · Bible annotée · 18/10/2026
En araméen. L'araméen n'est pas l'ancienne langue des Chaldéens (l'accadien), qui était hors d'usage au temps de Nébucadnetsar et dans laquelle Daniel et ses compagnons avaient été instruits durant ces années (1.4). Ce n'était pas non plus la langue usitée à cette époque à Babylone, le dialecte assyro-babylonien qui apparaît dans les noms propres du livre de Daniel (voyez 1.7) et dans la plupart des inscriptions retrouvées en Assyrie et en Babylonie. L'araméen (ou syriaque) dont se servent ici les mages était la langue des populations qui occupent la Syrie actuelle. Elle paraît avoir été de bonne heure répandue dans toute l'Asie occidentale, comme langue des relations internationales, de la diplomatie (Esaïe 36.11 ; Esdras 4.7) et du commerce. On possède des briques, poids, sceaux et étiquettes sur lesquelles des contrats de vente et de mariage sont gravés dans les deux langues, l'assyrienne et l'araméenne. On sait aussi par les inscriptions qu'il y avait à Babylone deux secrétaires du roi, l'un pour les affaires qui devaient se traiter en araméen, l'autre pour celles qui devaient se traiter en assyrien. Il n'y a donc rien d'impossible à ce que, en raison d'un usage que nous ne connaissons pas ou pour quelque but qui nous échappe, les Chaldéens, en tant que personnages officiels ou gens cultivés, se soient adressés au roi dans cette langue araméenne.
Ce qu'il y a de particulier, c'est que ce soit précisément ici, après les mots : en araméen, que le récit passe de la langue hébraïque au dialecte araméen, qui continue jusqu'à la fin du chapitre 7. Par cette raison, quelques uns ont pensé que les sages n'avaient pas parlé en araméen, mais que les mots : en araméen, doivent être mis comme en parenthèse et indiquent simplement que le récit continue dans cette langue. Cela n'explique point encore la transition si brusque à une autre langue. Ce changement est l'un des problèmes les plus embarrassants du livre de Daniel. Nous y reviendrons dans la conclusion.
O roi, vis éternellement : formule consacrée chez les Perses et les Babyloniens, lorsqu'on s'adressait au roi (Néhémie 2.3).
v. 5 · Bible annotée · 18/10/2026
C'est chose arrêtée par moi. D'autres, partant de l'idée que Nébucadnetsar avait oublié son songe, ont traduit : La chose m'est échappée, sens qui nous paraît grammaticalement impossible et peu compatible avec la conduite des mages ci-après.
Vous serez mis en pièces : supplice usité chez plusieurs peuples de l'antiquité, notamment chez les Babyloniens (comparez 3.29 ; Ezéchiel 16.40) ; chez les Israélites aussi en temps de guerre (1Samuel 15.33).
En cloaques : comparez 2Rois 10.27.
v. 8 · Bible annotée · 18/10/2026
Parce que vous voyez que... Les sages ont répété leur prière respectueuse (verset 7) ; le roi leur déclare qu'ils ne font par là que justifier sa défiance : D'une part, vous ne pouvez pas dire le songe ; de l'autre, vous me voyez décidé à sévir ; vous employez donc le seul moyen qui vous reste : gagner du temps.
v. 9 · Bible annotée · 18/10/2026
De préparer un discours. Vous mettez à présent toute votre habileté à chercher une réponse dilatoire pour me tranquilliser, en attendant que j'aie oublié la chose ou que quelque circonstance heureuse vous tire d'affaire.
Dites-moi le songe, et je saurai. Ces paroles montrent bien qu'en leur demandant le songe, le roi voulait se mettre à l'abri d'une mystification. En effet, une interprétation leur eût été aisée à trouver, s'il leur eût lui-même déclaré le songe.
12 À cause de cela, le roi s’irrita et se mit dans une très grande colère, et commanda de détruire tous les sages de Babylone. 13 Et un décret fut promulgué [portant] que les sages soient tués ; et on chercha Daniel et ses compagnons, pour les tuer. 14 Alors Daniel répondit avec prudence et avec sens à Arioc, chef des gardes du roi, qui était sorti pour tuer les sages de Babylone ; 15 il répondit et dit à Arioc, le grand officiere 15e ou : chef des gardes. du roi : Pourquoi ce décret est-il si rigoureux de par le roi ? Alors Arioc fit connaître la chose à Daniel. 16 Et Daniel entra et demanda au roi de lui accorder du temps pour indiquer au roi l’interprétation.
v. 12 · Bible annotée · 18/10/2026
12 à 18 Condamnation des mages ; Daniel obtient un délai.
Les sages sont maintenant convaincus de mauvaise foi dans l'exercice ordinaire de leur emploi. L'ordre si cruel du roi n'a rien d'extraordinaire de la part d'un despote oriental.
v. 13 · Bible annotée · 18/10/2026
On tuait : c'est le sens naturel du mot, et les versets 14 et 24 ne sont pas incompatibles avec ce sens.
Daniel et ses compagnons n'avaient pas paru devant le roi ; voir au verset 2.
v. 16 · Bible annotée · 18/10/2026
Daniel pria le roi, non pas sans doute personnellement, mais par l'intermédiaire d'un maître des cérémonies (comparez versets 24 et 25 et Esther 4.11). Le récit suppose que la demande fut accordée.
17 Alors Daniel s’en alla à sa maison et fit connaître la chose à Hanania, Mishaël et Azaria, ses compagnons, 18 pour implorer, de la part du Dieu des cieux, [ses] compassions au sujet de ce secret, afin que Daniel et ses compagnons ne soient pas détruits avec le reste des sages de Babylone. 19 Alors le secret fut révélé à Daniel dans une vision de la nuit. Alors Daniel bénit le Dieu des cieux. 20 Daniel répondit et dit : Béni soit lef 20f litt. : son. nom de Dieu , d’éternité en éternité ! car la sagesse et la puissance sont à lui, 21 et c’est lui qui change les temps et les saisons, qui dépose les rois et établit les rois, qui donne la sagesse aux sages et la connaissance à ceux qui connaissent l’intelligence : 22 c’est lui qui révèle les choses profondes et secrètes ; il sait ce qui est dans les ténèbres, et la lumière demeure auprès de lui. 23 Toi, Dieu de mes pères, je te célèbre et je te loue, parce que tu m’as donné sagesse et puissance, et que maintenant tu m’as fait connaître ce que nous t’avons demandé, nous ayant fait connaître la chose que réclame le roig 23g litt. : la chose du roi. .
v. 17 · Bible annotée · 18/10/2026
Daniel était sûr de l'intervention divine (verset 16), à la condition qu'elle fût implorée. Pour donner plus de force à sa prière, il y associe ses amis menacés comme lui.
v. 18 · Bible annotée · 18/10/2026
Ce verset semble prouver que, comme nous l'avons admis plus haut (verset 13), le massacre avait déjà commencé.
v. 19 · Bible annotée · 18/10/2026
19 à 23 Le songe est révélé à Daniel ; sa prière d'actions de grâces.
Dans une vision... Une vision pendant (littéralement de) la nuit n'est pas identique avec un songe. Daniel n'a pas resongé le songe de Nébucadnetsar, mais il l'a contemplé éveillé dans une vision.
v. 20 · Bible annotée · 18/10/2026
20 à 23 La prière de Daniel porte l'empreinte du songe qui lui fut révélé. Le songe se rapportait aux transformations de la puissance terrestre. Les deux attributs divins que Daniel célèbre sont la force (verset 21) et la sagesse (versets 21 et 22), parcequ'ils éclatent particulièrement dans la révélation donnée à Nébucadnetsar. C'est également comme dispensateur de la sagesse et de la force que Dieu s'est révélé à Daniel (verset 23).
v. 23 · Bible annotée · 18/10/2026
Me... nous. La révélation accordée à lui seul était le fruit des prières de tous les quatre.
24 C’est pourquoi Daniel entra auprès d’Arioc, que le roi avait établi pour détruire les sages de Babylone ; il alla, et lui parla ainsi : Ne détruis pas les sages de Babylone ; conduis-moi devant le roi, et j’indiquerai au roi l’interprétation. 25 Alors Arioc fit entrer Daniel en hâte devant le roi, et lui parla ainsi : J’ai trouvé un homme, des fils de la captivité de Juda, qui fera connaître au roi l’interprétation. 26 Le roi répondit et dit à Daniel, dont le nom était Belteshatsar : Peux-tu me faire connaître le songe que j’ai vu et son interprétation ? 27 Daniel répondit devant le roi, et dit : Le secret que le roi demande, les sages, les enchanteurs, les devins, les augures, n’ont pu l’indiquer au roi ; 28 mais il y a un Dieu dans les cieux qui révèle les secrets et fait savoir au roi Nebucadnetsar ce qui arrivera à la fin des jours. Ton songe et les visions de ta tête, sur ton lit, les voici :
v. 24 · Bible annotée · 18/10/2026
24 à 30 Daniel est introduit en la présence du roi.
v. 25 · Bible annotée · 18/10/2026
J'ai trouvé un homme. Arjoc se fait un mérite de cette circonstance. Il peut s'exprimer ainsi, parce que la demande de Daniel (verset 16) avait été présentée par l'intermédiaire d'un autre personnage.
v. 26 · Bible annotée · 18/10/2026
Qui s'appelait Beltsatsar. Ce nom est ajouté ici à celui de Daniel, parce que ce fut sous ce nom que l'interpella le roi.
v. 27 · Bible annotée · 18/10/2026
Sages, magiciens, etc. (voyez verset 2). Ce préambule de Daniel prépare la narration et l'explication du songe : il cherche à détourner de dessus les sages la colère du roi, en attribuant au seul vrai Dieu la révélation du mystère (verset 28). Comparez un langage semblable dans la bouche de Joseph, Genèse 41.16. Puis il rappelle au roi les dispositions dans lesquelles il se trouvait et les pensées qui le préoccupaient dans la nuit où il reçut le songe (verset 29) ; et enfin (verset 30), au moment où il va lui révéler le secret, il s'interrompt pour rendre encore l'honneur à Dieu et affirmer qu'il n'est qu'un instrument entre ses mains pour l'instruction du roi.
29 Toi, ô roi,… tes pensées, sur ton lit, sont montées [dans ton esprit], ce qui doit arriver ci-après ; et celui qui révèle les secrets te fait savoir ce qui va arriver. 30 Et quant à moi, ce n’est pas par quelque sagesse qui soit en moi plus qu’en tous les vivants, que ce secret m’a été révélé : c’est afin que l’interprétation soit connue du roi, et que tu connaisses les pensées de ton cœur.
v. 30 · Bible annotée · 18/10/2026
Les pensées de ton cur : les problèmes que le songe a fait naître dans ton cur.
31 Toi, ô roi, tu voyais, et voici une grande statueh 31h ou : image. : cette statue était grande, et sa splendeur, extraordinaire ; elle se tint devant toi, et son aspect était terrible. 32 La tête de cette statue était d’or pur ; sa poitrine et ses bras, d’argent ; son ventre et ses cuisses, d’airain ; 33 ses jambes, de fer ; ses pieds, en partie de fer et en partie d’argile. 34 Tu vis, jusqu’à ce qu’une pierre se détacha sans mains ; et elle frappa la statue dans ses pieds de fer et d’argile, et les broya ; 35 alors furent broyés ensemble le fer, l’argile, l’airain, l’argent et l’or, et ils devinrent comme la balle de l’aire d’été ; et le vent les emporta, et il ne se trouva aucun lieu pour eux ; et la pierre qui avait frappé la statue devint une grande montagne qui remplit toute la terre. 36 C’est là le songe, et nous en dirons l’interprétation devant le roi.
v. 31 · Bible annotée · 18/10/2026
31 à 36 Le songe.
La splendeur extraordinaire provenait de l'éclat des métaux dont la statue était composée, tandis que ses dimensions colossales, l'étrange composition de ses parties et probablement aussi l'expression de son visage se réunissaient pour lui donner un aspect terrible.
v. 33 · Bible annotée · 18/10/2026
D'argile. Les métaux de la statue sont de moins en moins précieux, mais aussi de plus en plus durs depuis la tête d'or jusqu'aux jambes et aux pieds de fer. Ici apparaît l'argile, mêlé ou plutôt juxtaposé au fer. Ce puissant colosse, quoique en apparence de plus en plus fort, repose donc sur une base fragile.
v. 34 · Bible annotée · 18/10/2026
34 à 36 Le sort de la statue.
Une pierre qu'il faut se représenter détachée de la pente d'une montagne (verset 45), sans main, c'est-à-dire sans agent humain, frappe la statue à son endroit faible, aux pieds, qu'elle brise. Alors toute la statue tombe et les métaux qui sont ici énumérés dans l'ordre inverse, de bas en haut (par le fait que la statue s'écroule de bas en haut), se pulvérisent et disparaissent totalement, comme emportés par le vent. Il ne reste plus aucun vestige de la colossale statue, tandis que la petite pierre qui l'a détruite grandit jusqu'à couvrir la terre.
v. 36 · Bible annotée · 18/10/2026
Nous allons le dire. Peut-être Daniel emploie-t-il le nous pour éviter le je, qui mettrait trop en relief sa personne ; mais il est possible aussi qu'il entende par là : moi et mes trois amis.
37 Toi, ô roi, tu es le roi des rois, auquel le Dieu des cieux a donné le royaume, la puissance, et la force, et la gloire ; 38 et partout où habitent les fils des hommes, les bêtes des champs et les oiseaux des cieux, il les a mis entre tes mainsi 38i ou : hommes, il a mis entre tes mains les bêtes des champs et les, etc. et t’a fait dominer sur eux tous. Toi, tu es cette tête d’or. 39 Et après toi s’élèvera un autre royaume, inférieur à toi ; puis un troisième [et] autre royaume, d’airain, qui dominera sur toute la terre. 40 Et le quatrième royaume sera fort comme le fer. De même que le fer broie et écrase tout, et que le fer brise toutes ces choses, il broiera et brisera. 41 Et selon que tu as vu les pieds et les orteils en partie d’argile de potier et en partie de fer, le royaume sera divisé ; et il y aura en lui de la dureté du fer, selon que tu as vu le fer mêlé avec de l’argile grasse ; 42 et quant à ce que les orteils des pieds étaient en partie de fer et en partie d’argile, le royaume sera en partie fort et sera en partie fragile. 43 Et selon que tu as vu le fer mêlé avec de l’argile grasse, ils se mêleront à la semence des hommes, mais ils n’adhéreront pas l’un à l’autre, de même que le fer ne se mêle pas avec l’argile. 44 Et dans les jours de ces rois, le Dieu des cieux établira un royaume qui ne sera jamais détruit ; et ce royaume ne passera point à un autre peuple ; il broiera et détruira tous ces royaumes, mais lui, il subsistera à toujours. 45 Selon que tu as vu que, de la montagne, la pierre s’est détachée sans mains, et qu’elle a broyé le fer, l’airain, l’argile, l’argent et l’or, le grand Dieu fait connaître au roi ce qui arrivera ci-après. Et le songe est certain, et son interprétation est sûre.
v. 37 · Bible annotée · 18/10/2026
37 à 45 Explication du songe.
D'après l'interprétation donnée par Daniel lui-même, la statue tout entière représente la puissance du monde qui est considérée au point de vue de son opposition au royaume de Dieu et comme une dans les différentes phases de son développement. Les quatre parties de la statue, chacune d'un métal différent, figurent quatre formes successives de cette puissance depuis Nébucadnetsar jusqu'au royaume qui ne passera point.
Le titre de roi des rois convient à Nébucadnetsar, qui avait sous sa domination un grand nombre de souverains (comparez Ezéchiel 26.7).
v. 38 · Bible annotée · 18/10/2026
Ce verset fait ressortir l'idée que rien en quelque sorte ne se meut que par la volonté de ce monarque. Il est sur la terre comme un dieu visible, mais c'est le Dieu des cieux qui l'a fait tel (verset 37). Comparez Jérémie 27.6 ; 38.14)
C'est toi qui es la tête d'or : Nébucadnetsar est considéré comme la personnification de la monarchie babylonienne que son père avait fondée, parce qu'il en fut le plus brillant représentant. Le symbole de la tête d'or s'applique bien à cette monarchie à laquelle aucune autre ne peut être comparée pour le faste et l'absolutisme de ses monarques. Mais pourquoi commencer la série des monarchies païennes avec celle de Nébucadnetsar ? Celle-ci n'avait-elle pas été précédée pendant une longue série de siècles par le colossal empire d'Assyrie, qui s'étendait des bords du Tigre jusqu'à l'Egypte ? Il nous paraît que cette question ne peut trouver sa réponse que dans la relation de la puissance païenne avec le royaume de Dieu représenté par l'Etat israélite. Tant que Jérusalem subsistait encore, la puissance païenne n'était pas illimitée. Une fois Jérusalem soumise, la série des monarchies universelles pouvait commencer. Si donc la statue représente la puissance terrestre, il faut ajouter : la puissance terrestre dans sa relation hostile avec le règne de Dieu.
v. 39 · Bible annotée · 18/10/2026
Un autre royaume (celui qui est représenté par la poitrine et les bras d'argent). D'après la vision du chapitre 7, il parait être l'empire des Mèdes et des Perses. Comme cet empire, ainsi que le suivant, sont traités ici très brièvement, nous renverrons les discussions qui s'y rapportent au chapitre 7, où le prophète s'exprime à leur égard d'une manière plus détaillée.
Moindre que toi. L'infériorité de ce second royaume relativement à l'empire babylonien ne porte pas sur les dimensions extérieures, ni sur la valeur morale, mais sur l'omnipotence du souverain (verset 38, note).
Un troisième royaume. Si la monarchie précédente. est celle des Mèdes et des Perses, celle-ci ne peut être que celle des Grecs fondée par Alexandre.
D'airain. Ce métal, plus dur que l'or et l'argent, figure la manière brusque et violente en laquelle Alexandre se substitua aux précédents.
Il dominera sur toute la terre. Alexandre réunit à la domination de l'Orient (Perse) celle de l'Occident (Grèce).
v. 40 · Bible annotée · 18/10/2026
40 à 43 La description de ce quatrième empire comprend quatre versets entiers à cause de son importance décisive. C'est la dernière forme de la puissance terrestre et hostile à Dieu avant sa ruine.
Fort comme du fer. Ce métal, plus dur que tous les autres, est l'emblème de sa puissance incomparable de destruction.
Tous les autres. Il absorbera tous les éléments dont avaient été composés les empires précédents. C'est là sa force ; voici sa faiblesse :
v. 41 · Bible annotée · 18/10/2026
En partie de fer. L'histoire de ce royaume aura deux périodes : la première (représentée par les jambes de fer, verset 40) est un temps de force irrésistible, la seconde (représentée par les pieds et les orteils de fer et d'argile) est un temps où la faiblesse se joint à la force.
v. 43 · Bible annotée · 18/10/2026
C'est qu'ils seront mêlés. Ce pluriel s'explique par le terme suivant : au temps de ces rois, c'est-à-dire des royaumes dont se composera cet empire dans sa dernière phase (pieds et orteils de la statue). Comparez les dix cornes de la quatrième bête, chapitre 7, qui semblent correspondre aux dix doigts de la statue.
De semence d'homme. On a interprété ces mots comme s'ils désignaient le moyen par lequel sera tentée la réunion des deux éléments hétérogènes représentés par le fer et l'argile, et c'est de ce sens qu'est provenue l'application que font de ces mots plusieurs exégètes à des mariages entre les familles princières de peuples différents et opposés (comparez 11.6,17). Mais la préposition employée (be) est la même que dans les expressions précédentes fer mêlé d'argile, c'est-à-dire avec l'argile et non pas par le moyen de l'argile. Par conséquent, la semence d'homme ne peut être ici le moyen du mélange, mais doit correspondre au second élément lui-même, l'argile. D'ailleurs, dans les passages où elle est employée, l'expression semence d'homme désigne non le mariage, mais le fruit du mariage, la postérité qui en résulte. Comparez 1Samuel 1.11, où la mère de Samuel demande à Dieu de lui donner une semence d'homme, évidemment un enfant, puisqu'elle continue en promettant de le donner à l'Eternel. Voyez aussi Jérémie 31.27 : Je peuplerai la maison d'Israël et la maison de Juda d'une race d'hommes et d'une race de bêtes. Ainsi donc à l'élément qui fera la force primitive de ce quatrième royaume s'ajoutera dans la suite des temps un second élément, désigné sous le nom de semence d'homme. Ce terme oppose à la nature morte et insensible des peuples des royaumes représentés par les métaux, une race moralement supérieure. Autant la substance du corps humain, l'argile souple et vivant, est supérieure à celle des métaux, autant la race d'hommes l'est à la population de cet empire. C'est une différence semblable qui se retrouve au chapitre 7, lorsque le fils d'homme est opposé aux quatre bêtes.
Ils ne tiendront pas : l'élément ancien représenté par le fer et l'élément nouveau. C'est donc de l'incompatibilité de cette race d'hommes avec la population première de ce royaume que résultera sa faiblesse, ainsi que celle de toute la puissance terrestre.
v. 44 · Bible annotée · 18/10/2026
44 et 45 La chute de la puissance terrestre et son remplacement par le royaume de Dieu éternel.
Dans le temps de ces rois-là. On pourrait appliquer ces mots à toutes les monarchies qui se sont succédé ; le sens serait : et au milieu de cette succession d'empires. Mais on ne peut nier que ce sens ne soit un peu forcé, et il paraît plus naturel d'appliquer ce mot de rois aux différents Etats représentés par les orteils de la statue, qui sont déjà le sujet de la phrase : ils se mêleront.
Un royaume. C'est ici le nouvel état de choses, destiné à durer toujours, que Dieu lui-même créera pour remplacer l'ordre actuel auquel préside la puissance terrestre opposée à Dieu.
v. 45 · Bible annotée · 18/10/2026
Une pierre s'est détachée. C'est l'emblème du Messie descendant du ciel (comparez 7.13 : un fils d'homme venant sur les nuées), pour faire crouler toutes les puissances d'ici-bas et y substituer la sienne par la seule puissance de Dieu. Cette chute instantanée a été préparée par l'élément inassimilable qui avait été introduit dans les pieds de la statue.
Il n'y a ici aucune distinction entre une première et une seconde venue du Messie.
Argile, argent : l'assonance de ces deux mots est encore plus sensible en araméen qu'en français. C'est ce qui explique sans doute leur rapprochement dans cette accumulation de termes.
Tout ce qui appartient à l'ordre de choses actuel, même l'élément représenté par l'argile, fera donc place dans cette transformation complète au nouvel état de choses représenté par la montagne qui naît de la petite pierre et couvre la terre (verset 36).
Le songe est véritable... : Une réalité correspond au songe qui n'est point un vain rêve, et cette réalité est bien celle dont je viens de tracer le tableau.
46 Alors le roi Nebucadnetsar tomba sur sa face et se prosterna devant Daniel, et commanda de lui présenter une offrande et des parfums. 47 Le roi répondit et dit à Daniel : En vérité, votre Dieu est le Dieu des dieux et le Seigneur des rois, et le révélateur des secrets, puisque tu as pu révéler ce secret. 48 Alors le roi éleva Daniel en dignité, et lui fit beaucoup de grands dons, et l’établit gouverneur sur toute la province de Babylone, et grand intendant de tous les sages de Babylone. 49 Et Daniel fit une demande au roi, qui établit Shadrac, Méshac et Abed-Nego sur les services de la province de Babylone. Et Daniel [se tenait] à la porte du roi.
v. 46 · Bible annotée · 18/10/2026
46 à 49 Impression produite sur Nébucadnetsar.
Se prosterna. Ces hommages religieux sont rendus à Daniel non comme à un dieu, il les eût repoussés, comparez verset 30, mais comme à celui en qui le Dieu suprême vient de manifester sa sagesse et sa force.
v. 47 · Bible annotée · 18/10/2026
Le Dieu des dieux. Il ne renie pas par là ses propres dieux, il reconnaît seulement la supériorité de celui de Daniel. De là à professer le monothéisme juif, il y a un pas décisif que Nébucadnetsar ne franchit pas.
Le révélateur des secrets (comparez verset 28). Chaque dieu du panthéon païen avait sa spécialité ; c'est la révélation des secrets qui paraît être l'attribut par lequel Nébucadnetsar caractérise celui des Juifs.
v. 48 · Bible annotée · 18/10/2026
Le roi tient sa promesse (verset 6).
Autorité sur la province de Babylone. Daniel est fait gouverneur de cette province. D'après 3.1, l'empire était divisé en provinces dont chacune avait son gouverneur.
En chef sur tous les sages de Babylone. Cette nomination était convenable, puisque Daniel s'était montré supérieur à tous et leur avait sauvé la vie.
v. 49 · Bible annotée · 18/10/2026
Le roi permet à Daniel de donner des places à ses amis qui deviennent ses auxiliaires et ses subordonnés dans l'administration de Babylone. Ayant coopéré avec lui au résultat par la prière, ils avaient droit à la récompense.
A la cour du roi. Littéralement : à la porte.
Destitution de la divination sous toutes ses formes (comparez les énumérations versets 2 et 27) et son remplacement par la révélation prophétique ; destitution future de la puissance terrestre sous ses formes successives et son remplacement par le règne de Dieu : voilà les deux grandes idées renfermées dans ce chapitre 2 de Daniel. Et en effet, le monothéisme de l'auteur de ce livre n'est point celui de la raison et de la philosophie. Pour lui le règne du Dieu unique est non une idée seulement, mais un fait historique qui se développe dans l'histoire de l'humanité et qui doit aboutir à un ordre de choses saint et glorieux, à l'organisation parfaite de l'humanité sous le sceptre du roi divin. Ton règne vienne ! telle est la pensée qui domine tout le livre de Daniel.
Les quatre empires qui apparaissent ici sous l'image de différents métaux correspondent évidemment à ceux qui sont représentés par les quatre bêtes, au chapitre 7. C'est là que nous chercherons à déterminer l'application de ces emblèmes. La question importante sera de savoir quel est l'Etat désigné dans les deux tableaux par le dernier empire. Est-ce la monarchie syrienne (un des quatre Etats issus de l'empire d'Alexandre, et personnifié dans son grand représentant Antiochus Epiphane, le persécuteur des Juifs) ? Ou est-ce un empire postérieur, dernier représentant de la puissance terrestre universelle, l'empire romain, par exemple ? Cette question ne pourra être discutée qu'au chapitre 7, en réunissant les indices renfermés dans les deux chapitres. Nous dirons seulement ici que, quelle que soit l'application qui doive être préférée, la semence d'homme, dont il est parlé 2.43, ne nous paraît pouvoir désigner qu'une race d'hommes d'un caractère particulier, mêlée à la population du quatrième empire, et qui, par le manque d'homogénéité qu'elle introduit dans l'organisme de celui-ci, l'affaiblit et prépare sa chute, au point qu'il croulera au moindre contact d'une puissance d'ordre supérieur.